Le non turc au foulard dans les universités
LAÏCITÉ | 08:56 La décision constitue un mauvais présage pour le Parti de la justice et du développement au pouvoir.
GABRIELLE DANZAS, ISTANBUL | 06-06-2008 | 08:56
Les juges n’ont pas fait mentir les pronostics. Sans surprise, ils ont annulé jeudi l’autorisation du port du voile dans les universités et ont infligé un camouflet au gouvernement islamo-conservateur au pouvoir, qui avait fait de cette réforme une priorité. La Cour constitutionnelle a estimé que la libéralisation du foulard sur les campus constituait une violation des principes de laïcité inscrits dans des articles non amendables de la Constitution. Cette décision était très attendue, car elle pourrait être un signe avant-coureur d’une interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.
Les onze juges de la plus haute instance juridique du pays ont donc déclaré recevable un recours déposé par l’opposition nationaliste et ultralaïque pour faire annuler la loi votée en février. Les députés de l’AKP, alliés à ceux de l’extrême droite du MHP (Parti pour une action nationaliste), avaient modifié deux amendements de la Constitution afin de permettre aux étudiantes de porter le voile. S’appuyant sur le respect des libertés individuelles et religieuses pour justifier la levée de l’interdiction.
Tous les pays du Conseil de l’Europe autorisent les étudiantes voilées dans l’enseignement supérieur, mais, en Turquie, ce sujet est ultrasensible. Car pour ses adversaires, le türban est un symbole de l’islam politique. La majorité des juges de la Cour constitutionnelle ont été nommés par Ahmet Necdet Sezer, l’ancien président de la République, réputé proche des militaires.
Ce verdict des juges, un des porte-parole de l’AKP l’a déclaré «contraire à la Constitution» (donc purement politique), car la Cour constitutionnelle n’est pas habilitée à se prononcer sur le fond d’un amendement.
Mais l’annulation de cette réforme ne constitue pas seulement un désaveu des choix gouvernementaux. La même Cour constitutionnelle examine une demande de fermeture de l’AKP et d’interdiction, pour 71 de ses cadres, d’adhérer à un parti politique pendant cinq ans. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan est visé. Or le procureur général, qui accuse l’AKP d’être «un foyer d’activités antilaïques», a bâti son réquisitoire sur la loi autorisant le foulard dans les universités. «Ce verdict aura un impact psychologique sur la procédure d’interdiction, c’est sûr», a estimé l’éditorialiste politique Rusen Cakir.
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