Combattre l'excision sans la nommer
REPORTAGE | 06:00 Dans le monde, une femme subit des mutilations génitales toutes les dix secondes. Les humanitaires en ont fait un cheval de bataille. Sur le terrain, ils doivent lutter avec discrétion contre ce qui reste un tabou. Mais la Suisse est aussi concernée, en raison de l’immigration. A Berne, nos politiciens en débattent jeudi.
Caroline Zuercher | 21-05-2008 | 06:00
«Le sexe? Non, non! L’école d’abord. » Sur le bord d’un chemin, un panneau publicitaire d’un autre temps rappelle aux jeunes filles quelles doivent être leurs priorités. Les 4x4 de l’Unicef soulèvent une poussière orange au-dessus des nids de poule, huttes, baobabs et chèvres en quête d’ombre. Direction Fatoto, un village de l’est de la Gambie, situé à une journée de route, puis de piste, de la capitale.
Sur place, les femmes ont enfilé leurs boubous colorés en l’honneur des hôtes humanitaires et chacun serre la main à chacun. Par plus de quarante-cinq degrés, dans un air chaud et épicé, un groupe assiste à une leçon organisée par l’Unicef et une organisation non gouvernementale appelée Tostan.
Du savon et des fours à bois
Thème du jour: la santé des femmes enceintes. Mais avant, les «élèves» jouent au théâtre, chantent, dansent… Et le visiteur occidental est apprécié à sa capacité à suivre la cadence des instruments de musique. Alors que le gouverneur local pique du nez sur sa chaise, le sujet clé est enfin abordé. Comment éviter les fausses couches et les accouchements difficiles? Les anecdotes fusent, les participants parlent d’avortements manqués ou de jeunes filles décédées durant leur grossesse. Au final, la morale est claire: il faut éviter les travaux difficiles et se rendre au centre de santé.
78% des femmes touchées
Cette formation de trente mois est financée par l’Unicef, et sa section suisse y apporte un soutien de 750 000 francs sur trois ans. Son but? Sous un toit de foin, les «élèves» montrent avec fierté le savon qu’ils produisent pour ne plus dépendre des importations, ainsi que leurs nouveaux fours, moins gourmands en bois. Est-ce vraiment tout? En fait, l’objectif est de lutter contre l’excision. Seulement, le sujet est un tel tabou que le mot ne sera jamais prononcé.
En Gambie, les femmes vont jusqu’à affirmer que la pratique a été abandonnée alors que 78% d’entre elles l’auraient subie. Pour des raisons pseudo-religieuses, pseudo-médicales, pseudo-esthétiques ou simplement par tradition. Dans le monde, plus de 130 millions de femmes sont excisées, qu’il s’agisse uniquement de l’ablation du clitoris ou d’une infibulation. On retire alors les grandes et les petites lèvres, puis le vagin est suturé de manière à ne laisser qu’un orifice de la taille d’une tête d’épingle.
Sans anesthésie
Ces interventions, très souvent pratiquées sans anesthésie, sont effroyablement douloureuses. Régulièrement, la plaie cicatrise mal, ce qui provoque des infections. Celles-ci seraient fatales dans 30% des infibulations. La suture du vagin empêche aussi l’écoulement normal de l’urine et du flux menstruel, ce qui engendre de nouvelles complications. Mais de cela, on ne parle pas non plus.
Pour agir en Gambie, l’Unicef a donc choisi d’aborder le sujet par la bande, en essayant d’abord d’améliorer la place des femmes et des enfants dans la société. «Nous ne disons jamais contre quoi nous nous battons, pour ne pas provoquer de levée de boucliers, insiste Molly Melching, fondatrice de Tostan. Nous donnons aux personnes les moyens d’arriver à la conclusion qui s’impose. De notre expérience, elles finissent par dire d’elles-mêmes que ces pratiques sont mauvaises. »
Les droits humains, comme celui de ne pas subir des violences, et les questions de santé et d’hygiène permettent tout de même d’évoquer le sujet. Mais ce n’est qu’après plusieurs mois, à coups de neuf heures hebdomadaires de cours, que la problématique est abordée directement.
Abandon volontaire
L’ambition est que les habitants décident d’eux-mêmes d’abandonner ces pratiques. Au Sénégal, où Tostan est active depuis 1991, près de 3200 villages ont franchi ce pas. Les localités sélectionnées par l’ONG possèdent en général un marché, un puit ou un imam influent. Les échanges avec les communautés voisines permettent ainsi de diffuser les connaissances et le phénomène se répand dans des zones qui n’ont pas été sensibilisées. A long terme, l’engagement serait réellement tenu dans 60% des cas.
Mais à Fatoto, on n’en est pas là. «La formation n’est pas terminée, souligne Molly Melching. Les villageois ne sont pas encore prêts. » A ses côtés, en plein soleil de midi, une maman d’à peine 18 ans porte sa fillette sur le dos. Seuls deux pieds bruns et un visage marqué par la malnutrition dépassent du foulard qui entoure sa taille. L’Américaine y croit: cette petite tête crépue ne connaîtra pas le même destin que ses aînées.
En Suisse, la question sera débattue jeudi
En raison de l’immigration, la Suisse est aussi concernée. Dans un sondage réalisé en 2001, un gynécologue sur cinq affirmait avoir été consulté par une femme ou une fille excisée. Selon l’organisation, quelque 6700 personnes habitant dans notre pays étaient alors victimes d’une mutilation ou risquaient de l’être. Ces pratiques tombent sous le coup du Code pénal et sont considérées comme des lésions corporelles. Pour la première fois, des parents somaliens ont été récemment inculpés pour lésion corporelle grave. Ils ont reconnu avoir fait exciser leur fille à l’âge de 2 ans, en 1996 dans l’Oberland zurichois.
Aujourd’hui, le parlement fédéral veut aller plus loin: il a donné suite à une initiative de Maria Roth-Bernasconi (PS, GE) demandant d’inscrire explicitement les mutilations génitales dans le Code pénal. Les détails seront débattus ce jeudi en commission. «Nous poursuivons avant tout un objectif de prévention: il est important de dire clairement que ces pratiques sont interdites dans notre pays», souligne la conseillère nationale. Un tel changement permettrait aussi d’agir lorsque les mutilations ont été effectuées à l’étranger, par exemple durant les vacances au pays.
L’Unicef Suisse effectue aussi un travail préventif auprès des communautés concernées et a établi des lignes de conduite destinées au personnel soignant, en collaboration avec des organisations partenaires. Mais là encore, les députés veulent un signe: ils ont donné suite à une motion demandant la mise en place de mesures de sensibilisation et de prévention.
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l imcomprehention
aller savoir comment ils et elles veulent interdire une pratique sans en demandant pourquoi la pratique ils pour faire evoluer les moeurs et leurs faire comprendre pourquoi il ne faut pas commetre cette pratique.