
Ouf. Voilà. C’est le retour. La descente sur Terre, celle-ci étant symbolisée par Genève. Les retrouvailles avec l’ordinateur. Il va falloir que nous nous refassions l’un à l’autre. Il s’agit après tout d’un mariage de raison. J’espère juste que vous avez passé un joyeux de mois de juillet, bio-divers et éco-responsable. C’est après tout en cette saison que notre planète apparaît la plus verte.
Avec quoi recommencer? Avec le Ciel, bien sûr! Vous ne le savez sans doute pas, mais il existe aussi une biennale pour l’art sacré. Elle se déroule en ce moment à San Gabriele, sur l’Isola del San Grasso. Différentes œuvres s’y voient présentées, dont une Vierge, ce qui semble aller de soi. Seulement voilà! Cette dernière est habillée de pied en cap par Louis Vuitton. La nouvelle ne précise pas si le costume se complète de quelques-unes des célèbres valises. Après tout, pour faire quelques apparitions, à Lourdes ou ailleurs, il faut bien avoir de quoi se changer.
L’artiste se veut iconoclaste, tendance moraliste. Pour Francesco De Molfetta, il s’agit de «dénoncer une société fondée sur le culte de l’apparence à travers l’usage d’une marque symbolisant la recherche du bonheur éphémère.» J’ignorais que la joie, celle qui est supposée demeurer, reposait sur l’accumulation des L et des V. Mais j’avoue n’être pas «fou de marques», à l’instar de certains Japonais, pour qui seule l’étiquette semble devoir compter.
Cela dit, le Signore De Molfetta ne me semble pas tout à fait dans le juste. Il se situe plutôt dans la tradition. Les églises huppées disposaient naguère de Vierges mannequins, sur lesquels les curés disposaient les robes les plus fastueuses offertes par leurs paroissien(ne)s. C’était à qui fournirait la plus riche, la plus dentelée, la plus festonnée, la plus brodée et la plus enrichie de ces hochets de vanité que constituent les pierres précieuses. Il fallait bien cela pour Celle que les esprits simples appellent «la Dame».
En dépit d’un couturier aussi catholique que Castelbajac, qui donne beaucoup dans la soutane, l’habitude semble un peu perdue. Il faut dire que s’il fallait accommoder la Vierge de toutes les modes contemporaines, on frôlerait vite l’excommunication. En principe, le vêtement doit rester ample et couvrant. Le Signore De Molfetta a d’ailleurs joué le jeu. La statue exposée à San Gabriele est recouverte d’un «long voile noir orné des lettres L et V», aussi dorées que possible. Autant dire que nous demeurons dans la stricte orthodoxie, en des temps où chacun fait sa «pub».
Aussi les déclarations du directeur de la biennale étonnent-elles. «Cette nouvelle manière de faire de l’art sacré s’inscrit dans le droit fil (c’est le cas de le dire!) de la célèbre œuvre montrée en 1999 à Venise montrant de Jean-Paul II écrasé par une météorite. Il s’agit d’un moyen de frapper l’inconscient des spectateurs.» Reste que la sculpture en cire de Maurizio Cattelan avait alors fait scandale. Entre réduire le pape en bouillie pour Musée Grévin et faire de la vierge une «fashion victim», il y a tout de même de la marge…
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