La France d’en haut existe, même si peu de gens la rencontrent un jour. La France d’en bas semble, elle, réservée aux pages «Société» des journaux. Nous évitons tellement de la voir qu’elle a fini par se transformer en un gigantesque fantasme médiatisé. C’est donc par le biais de nouvelles, forcément exceptionnelles, qu’elle se rappelle à notre existence. Dernière en date, cette histoire survenue à Papus, un lieu que je serais bien en peine de vous situer. Elle remonte au dimanche 28 février. Sombre dimanche. Rappelons que tout s’est passé sur fond de tempête. On le sait depuis Goethe. Les éléments naturels se doivent de participer au drame même si, ici, tout finit bien. Dimanche dernier, donc, un homme entend frapper à la porte de son appartement de Papus. Le lieu ne se voit pas décrit, mais il ne faut pas s’imaginer un 250 mètres carrés, avec vue imprenable. La personne qui vient de sonner est une jeune femme. Un enfant, en train de pleurer, l’accompagne. Il a peu à voir dans cette histoire. Au théâtre, on dirait qu’il s’agit d’une comparse. La femme ne parle audiblement (difficile de dire «visiblement») pas le français. Elle n’arrive à articuler que deux syllabes: «sa-mu». Jean-Luc a de la peine à comprendre d’abord. Puis il se dit que la visiteuse voudrait qu’il appelle le Samu. «Je me suis vite rendu compte qu’elle ne me comprenait pas. Peut-être s’agissait-il d’une Tchétchène.» L’homme empoigne son téléphone, essaie de trouver le bon numéro. Il l’a. La téléphoniste lui demande des renseignements. Où? Là pas de problème. Quoi? Les choses se gâtent. Jean-Luc se tourne vers sa non-interlocutrice muette. Celle-ci ne sait que faire. Puis elle s’assied et soulève sa jupe. Effaré, notre ami voit une tête de bébé qui dépasse. L’accouchement a commencé. Que faire? Pousser. Il tente de le lui faire comprendre. Pour être sûr de bien faire, il appelle trois voisines, qui donnent des conseils par téléphone. Et finalement tout se passe bien. Une petite fille vient au monde à l’improviste. Il n’aura fallu que quelques minutes. Quand les pompiers, qui arrivent toujours avant les autres, sonneront, ils n’auront qu’à nettoyer le bébé et transporter la mère à l’hôpital. Jean-Luc est tout heureux. Et un peu fier de lui, ce qui se comprend. Interrogé par le journal «La Dépêche», il déclare ainsi. «Jamais, je n’aurais pensé devoir faire ça. Je n’ai même pas assisté à la naissance de mes dix enfants. J’aurais dû. Je n’aurais jamais pensé qu’il s’agisse là d’un moment aussi beau. Je souhaite que cela arrive à tout homme.» On ne sait ce qu’il faut comprendre avec cette dernière phrase. L’accouchement au débotté peut mal se terminer. Sans doute s’agit-il d’assister à une naissance. Notez que pour ce qui est des siens, notre homme peut toujours remettre le couvert. Quand il y en a pour dix, il y en a pour onze.
Une immigrée met au monde son bébé à l'improviste chez un voisin

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