De quoi avez-vous peur? De tout et de rien, bien sûr. La crainte ne se commande pas, surtout quand elle n’a aucun motif. Bien des gens (des femmes, assurent les mauvaises langues) se focalisent ainsi sur les souris et les araignées. Notez que s’il s’agit de grosses mygales, il convient néanmoins de rester prudent. Caressez les le moins possible. Une Britannique (tiens, nous revoilà encore au Royaume-Uni…) déclare ainsi développer une véritable angoisse des bananes. Elle n’en fait aucun mystère. La chose fait les gros titres de «Metro UK» qui constitue, vous l’aurez deviné, le grand gratuit londonien. Et comment cette peur se manifeste-t-elle? Mais par les symptômes les plus classiques que reflètent les films d’horreur. La malheureuse change de couleur. Elle transpire. Elle tremble. Bref, le grand jeu. Pour Fran Dando, tout a commencé à 7 ans. Normalement, il s’agit de l’âge de raison. Ici, ce fut plutôt celui de l’irrationnel. La maman de Fran a alors glissé pour plaisanter une banane dans le lit de sa fille. Celle-ci en a développé un véritable traumatisme. La torture plutôt que ça! Et il en va ainsi depuis quatorze ans. La vie quotidienne de la jeune femme s’en trouve affectée. Quand elle fait ses courses, au Sainsbury du coin, il lui faut fermer l’œil au moment stratégique. Autrement, l’œil en question se révulse. Il tourne. J’ignore si Fran se tord par terre comme une possédée du démon, mais j’imagine quelque chose comme ça. L’ennui, c’est que Fran, mariée jeune, a un fils. Et que ce fils adore comme de juste les bananes. Il les met dans le caddie, que la jeune femme recouvre d’un linge. A la maison, les fruits se voient rangés à l’aveuglette par une cuisinière armée de gants en latex et d’une serviette. On voit d’ici la scène. Une scène qui se renouvelle quotidiennement, ou presque. Il est parfois dur d’être mère de famille. Mais pourquoi la banane, au fait? Vous me direz que l’aliment possède une nette connotation érotique. Comme la fraise du reste. Un numéro d’anthologie d’une comédie musicale hollywoodienne (1) mettait d’ailleurs les deux fruits, géants, en compétition. Les spectateurs étaient supposés comprendre l’allusion, même si le docteur Freud balbutiait encore outre Atlantique. Toujours est-il que la «bananophobe» a suscité un raz de marée sur Google. Certains internautes ne parlent plus que de ça. Mais il leur faut bien tuer le temps, après tout… En plus, il s’agit d’une chose proche, concrète et quotidienne. Le babillage a beau s’être universalisé depuis quelque temps. Rien n’a fondamentalement pas changé depuis qu’on battait le linge à la fontaine du village. (1) «The Gangs’s all here», 1943. Le ballet était de Busby Berkeley.
Une Anglaise se dit terrorisée par les bananes. Que faut-il y voir?

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