Tout se passe dans un hangar. Partout des cages. Et des barreaux à l’infini, qui ferment, contiennent, retiennent. Dedans, malgré les apparences, c’est bien vivant, mais du vivant en élevage intensif. La preuve en est: quand on touche ça grogne, renifle, s’agrippe aux gants à pleines mandibules.
Pour montrer de plus près au visiteur, le maître des lieux empoigne l’une des bestioles par on ne sait quelle partie de son anatomie, peu importe, ce ne seront jamais autre chose que des masses velues amorphes, pas d’avant ou d’arrière, de haut ou de bas, de sens de la marche, même les bagnoles qu’on envoie désosser à la casse reçoivent davantage de considération.
Jeudi soir donc, sur France 2, on a pu voir Envoyé Spécial consacrer un reportage au retour de la fourrure dans la mode quotidienne, en forme de sonnette d’alarme. Il semblerait finalement qu’en période de crise, accablée par les restrictions, les frustrations, la conscience des consommateurs cède encore un peu d’humanité et devienne beaucoup moins regardante lorsqu’il s’agit de s’accorder un petit plaisir.
Vison, lapin, chinchilla, ici, sont moins des dénominations phylogénétiques que des labels à faire figurer sur les étiquettes une fois venu le temps de la boutique de luxe. Juste un nom pour résumer la sensation au toucher d’un manteau, d’un col, d’un revers de manche. Un revers de manche avec lequel on balaye ses aversions. Les états d’âme ne pèsent pas lourd face aux caprices de la carte bleue.
A la sortie de l’essayage, une cliente se contemple dans le miroir d’un magasin. Entièrement recouverte de fourrure des chevilles jusqu’au sommet de son brushing. Sorte de croisement entre Cruella et un chasseur Inuit. La dame confie quelques scrupules à la caméra, histoire de déculpabiliser. Savoir que ce superbe manteau est constitué de dizaines de petits animaux tellement mignons en vrai, c’est triste, avoue-t-elle sur une moue qui nous convaincrait presque. Une tristesse qu’elle s’infligera quand même pour la bagatelle de 12 000 frs sitôt arrivée à la caisse…
Pourtant derrière cette noble et belle matière, il y a aujourd’hui tout un appareil d’extermination à la chaîne, qui, n’ayons pas peur des mots, soutient parfois quelques morbides comparaisons. Enfermement perpétuel, maltraitance, chambres à gaz pour une mise à mort "propre", poubelles dégueulant de cadavres impeccablement écorchés, qu’il faudra faire disparaître, laisser pourrir ou brûler dans cette dernière intimité qu’on accorde aux objets du mépris. Si après ça, porter de la fourrure ne vous donne pas froid dans le dos...
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