Que prouve un Oscar? Rien, si ce n’est qu’on l’a eu un jour. Publiée dans son intégrité depuis la création de la cérémonie en 1928, la liste apparaîtrait sans doute effrayante. La seule question serait où situer le pire. Dans les mauvais choix ou dans les oublis scandaleux? Une seule chose sûre. Les statuettes dorées et l’histoire du cinéma se sont rarement croisées. L’Oscar de la meilleure interprétation féminine ne fait pas exception à cette règle. Il a été décerné à de parfaites inconnues (qui se souvient de Louise Fletcher, de Marlee Matlin ou de Frances McDormand?). Des comédiennes magnifiques ne l’ont jamais obtenu, ou alors à titre d’«hommage» quand elles flirtaient déjà avec l’éternité. Notez qu’il faut généralement avoir incarné une alcoolique, une mère crucifiée ou une paumée totale pour avoir droit à la statuette, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Cette année, Sandra Bullock a subi ce que l’on appelle une douche écossaise. Elle a obtenu dimanche soir son Oscar, comme vous le savez, pour sa «performance exceptionnelle» dans «The Blind Side». Un film qui lui avait déjà valu un Golden Globe. Son intervention, apparemment moins heureuse, dans «All About Steve» (aucun rapport avec «All About Eve», le chef-d’œuvre de Joseph L. Mankiewicz) (1), lui avait rapporté la veille le Razzie de «la plus mauvaise actrice de l’année.» Bonne joueuse, Sandra était venue chercher cette première récompense, couronnant depuis 1980 les pires navets hollywoodiens. L’actrice s’est fait porter sur scène avec un chariot chargé de DVD du film, qu’elle a accusé le juré de ne pas avoir vu. «Merci d’avoir ruiné ma carrière avec cette très mauvaise décision.» Notez que si par hasard les jurés ont vu le nanar jusqu’au bout, ils auront au moins de quoi remplir leur prochaine poubelle. Autant en emporte l’écran… D’une manière générale, les malheureux élus boudent cette cérémonie sacrilège, qui fait davantage ricaner que celle, abominablement consensuelle, des Academy Awards. L’une des rares vedettes à avoir accepté de se déplacer avait été en 2005 Halle Berry. Elle avait pris avec elle son Oscar, obtenu comme par hasard pour «A l’ombre de la haine». Une mauvaise idée! C’est en réalité tout le système conforté par cette récompense que rejettent les joyeux créateurs des Razzies. Ils refusent l’idée de trophées artistiques basés sur le succès commercial. Donc, pour eux, les Oscars, c’est de la merde et Halle Berry n’y changera rien. La preuve? Le plus mauvais film de l’année, pour ces contestataires, a été «Transformers», l’un des films qui a rapporté de plus de dollars en 2009. Le talent ne s’achète pas toujours. Vaudrait-il du reste très cher? (1) Elle y incarne une dingue des mots croisés asociale qui tombe amoureuse d’un cameraman. Il semble que quelqu’un ait tout même signé le scénario.
Un Oscar, un Razzie et l’oubli pour finir

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