
Blonde, vêtue d’un corsage turquoise pétillant et d’une jupe garnie de bandes colorées, au doigt une bague fantaisie qui s’ouvre comme une fleur, Véronique Goy Veenhuys ne porte pas le classique tailleur de la femme d’affaires qu’elle est pourtant. Légèreté et rigueur se conjuguent chez elle depuis le berceau. Deux traits de caractère qu’elle revendique et qui lui ont été légués par une mamma italienne et un père horloger de la Vallée, où elle a grandi. Artisane du label Equal Salary, pour lequel elle reçoit ce soir le Prix à la création du Zonta Club de Lausanne, la lauréate incarne un féminisme soft qui allie avec maestria fibre maternelle et épanouissement professionnel et personnel.
Une pionnière
En 2003, fraîchement diplômée de la Haute Ecole de gestion de Neuchâtel, elle se lance, en pionnière, dans la création d’Equal Salary, une certification attestant qu’une entreprise pratique l’égalité des salaires. Une initiative qui constitue une première mondiale. Le déclic? Le procès d’une femme qui n’avait pas hésité à aller jusqu’au Tribunal fédéral pour faire valoir son droit à être payée au même tarif que ses collègues. Véronique Goy Veenhuys contacte alors le professeur genevois d’économie Yves Flückiger, dont l’expertise statistique avait contribué à la victoire de la plaignante. Piquant: la championne de l’égalité a mené toute sa carrière — et le choix de rester indépendante — en fonction d’un critère prioritaire: pouvoir concilier vie familiale et vie professionnelle. Travailler évidemment, mais sans renoncer au temps nécessaire à l’éducation de ses deux enfants.
"Je ne lutte pas, je cherche à améliorer les choses"
A celles ou ceux qui lui disent: «C’est un sacré combat que tu mènes», elle réplique: «Je ne lutte pas, je ne me positionne pas en victime, je cherche à améliorer les choses. » En l’occurrence, créer un environnement stimulant dans le monde du travail. «Je suis dans l’action positive», affirme la Vaudoise qui a fait des tas de petits boulots avant ses études d’économie à l’Université de Genève et, plus tard, son master en management à Neuchâtel.
De sa vallée de Joux natale, l’entrepreneuse a toujours gardé l’amour de la nature, qu’elle parcourt à cheval, et le goût des paysages sauvages et rudes, qu’elle assouvit notamment lors de marches dans le Haut-Atlas marocain en compagnie d’une famille nomade. L’entrée au Gymnase de la Cité à Lausanne marque sa première ouverture au monde. «A l’époque, à la Vallée, on était vraiment loin de tout. » Ses parents lui trouvent une chambre chez les sœurs catholiques du Valentin, dont elle garde un excellent souvenir. Après le bac, elle prend le large et part aux Etats-Unis. D’abord, comme jeune fille au pair à Chicago. Ensuite, comme convoyeuse de voitures pour des Américains en déplacement, elle sillonne le pays. Fauchée lorsqu’elle arrive à San Diego, elle devient femme de chambre dans un motel pour se renflouer.
Retour en Suisse, premier emploi chez Swissair à Genève. Survient «l’homme de sa vie», David, Néerlandais installé dans la cité du bout du lac. Elle se lance dans des études d’économie, se marie, passe un an à Bruxelles et revient en Suisse, où elle travaille comme chasseur de têtes. C’est peut-être parce qu’il lui a fallu passer par une opération pour concrétiser son envie de maternité que la future mère décide, pendant sa grossesse, de quitter son poste et, à l’avenir, de travailler en indépendante. 1987 voit naître sa fille, deux ans plus tard son fils et Drap de Cœur, une entreprise de literie pour bébés qu’elle gère dix ans avant de vendre la marque. Car le succès commercial n’a pas ébranlé ses priorités. «C’était devenu difficile avec les enfants.» Nouveau virage. Elle collabore avec son mari dans le marketing puis se lance dans une formation postgrade de deux ans à Neuchâtel. En quête d’un sujet de diplôme, elle développe l’idée d’une certification en matière d’égalité de salaires. Un faire-valoir, elle en est convaincue, «qui sera motivant et pour les femmes et pour les employeurs, soucieux de leur image de marque».
L’aventure d’Equal Salary, testé en phase pilote par plusieurs entreprises, se poursuit. Le prix de ce soir (5000 fr. ), Véronique Goy Veenhuys va l’utiliser pour promouvoir le label au plan international.
Lire l'article des Quotidiennes: «Avec le label «equal salary», les femmes pourraient gagner en force de
négociation»
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