Dompteuse de l'événement, Claudia Durgnat arpente le monde | Les Quotidiennes

20/11/2008 11:35
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Dompteuse de l'événement, Claudia Durgnat arpente le monde

PORTRAIT | 09:30  Retour sur la carrière de celle qui a créé le premier festival du film autour du cancer, qui débute ce soir à Genève.






Michel Rime | 28-08-2008 | 09:30

Elle n’est pas mariée, n’a pas d’enfants, mais fabrique de l’événementiel. Impossible d’apprendre pareil métier dans une école. C’est dans l’entourage de Claude Nobs au Montreux Jazz, à la fin des années 1980, qu’elle s’est formée. Et Los Angeles lui a permis de s’affirmer. Claudia Durgnat respire l’aisance et le professionnalisme. La voici au service de l’Union internationale contre le cancer afin de créer le premier festival de films autour du funeste crabe. Le «bébé» précédent a été le premier Middle East International Film Festival d’Abu Dhabi. Reprenons.

 

«J’ai grandi dans l’idée de devenir prof de sport. Mon père était juge international de gymnastique artistique. J’en ai fait dès l’âge de 4 ans. Du plongeon aussi, et de la danse classique. Plus tard, les voyages et le Montreux Jazz m’ont ouvert les yeux sur un autre monde et d’autres possibilités. Des choses que j’avais choisies à la différence du sport.» A 20 ans, elle quitte la Suisse pour New York et gagne Mexico en bus. Elle y restera dix mois et apprendra l’espagnol sur le tas, en travaillant dans des familles. Le virus du voyage ne l’a pas quittée: «J’en ai besoin. Il m’inspire dans la vie et le travail.» Rencontrer des gens, une passion vitale pour cette rousse qui se sent tout à fait planétaire, hantée par le besoin de connaître, habitée par la curiosité du monde. Claudia Durgnat remercie le programme informatique Skype, qui lui permet de rester en contact, à moindres frais, avec ses amis de Chine, des Emirats, de New York ou de Chicago.

 

Elle a rêvé d’être hôtesse de l’air, a pratiqué maints petits métiers. Elle a même vendu du chili con carne à Montreux, avant de s’y occuper de la presse. Et puis elle s’est envolée, avec son fiancé journaliste, pour Los Angeles. «Nous souhaitions glaner de l’expérience internationale.» Ce mot tout en n et en t revient sans cesse dans sa bouche. En une semaine, dans la Cité des Anges, les Suisses interviewent, au débotté – merci le hasard et la perspicacité –, Bill Clinton, gouverneur en campagne présidentielle, et James Brown, programmé quelques semaines plus tard à Leysin. Ses yeux bleus légèrement grisés brillent lorsqu’elle raconte ces anecdotes formatrices. Alerte, elle s’amuse et rit volontiers. Sa séduction naturelle passe par un petit côté «sorcière bien- aimée» qu’elle doit à son nez.

 

L’Amérique a produit sur elle le miracle de l’action. «Ici, j’avais des idées, on me disait: «C’est ça!» Là-bas existent un autre style, une autre mentalité, une énergie différente, ce qui m’a manqué en Suisse. Là-bas, on ne se pose pas la question de savoir ce que va penser l’autre, on agit. Les choses prennent davantage de temps ici, on fait davantage attention et il faut avancer ses idées de manière plus humble. Le cinéma y est de l’ordre du divertissement. En Europe, c’est de l’art.» Après quinze ans d’absence, elle constate cependant que les choses évoluent. Les jeunes Suisses osent se dire musiciens ou peintres, en gagnant leur vie chez Nestlé ou à La Poste. Avant, la création ne s’affichait qu’en violon d'Ingres.

 

Se sent-elle artiste? «Disons que j’ai un besoin d’expression assez fort et original.» Dans les mille et unes choses qu’elle espère encore réaliser, il lui plairait d’écrire un livre ou de tourner un film, sans devenir auteure ou réalisatrice. Elle porte une montre dont le bracelet a été taillé dans une chaîne à vélo, cache un portable dans son sac à main. Et pour lutter contre le stress, marche très régulièrement au bord du lac, à l’aube, ou à la montagne. «La meilleure thérapie que je connaisse.» Elle enseigne le yoga à ses amis. «C’est du yoga à la californienne, pour la conscience du corps, mais je n’en suis pas bigote. Pour moi, c’est proche du plongeon: tout se passe dans l’alignement du corps. J’aime sentir l’énergie qui passe.» Cette femme se disant réaliste, émotionnelle tout en étant structurée, avoue ne plus être une workaholic. La débrouillardise reste une clé de sa réussite.

 

Ce soir débute à Genève Reel lives (Bobine de vies), 1er Festival international de films sur le cancer.


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