Dans l'ombre de la direction, les secrétaires racontent
TRAVAIL | 15:53 On ne parle jamais d’elles, mais elles sont les piliers des dirigeants d’entreprises. Elles savent tout et presque tout faire. Quatre secrétaires de direction témoignent.
Sandra Weber | 29-08-2008 | 15:53
«Si toutes les secrétaires décidaient de faire la grève demain matin, l’économie du pays serait en danger en quelques jours», disait Ronald Reagan lorsqu’il était président des Etats-Unis. Dans les années 1950, alors que le marché de l’emploi connaissait une pénurie de secrétaires, la «semaine des secrétaires» a été instaurée afin de valoriser cette fonction. Le rendez-vous est devenu depuis la semaine ou journée du personnel administratif. Car le mot «secrétaire» a parfois une tonalité péjorative, même lorsqu’il s’agit des secrétaires de direction. On préfère alors le terme plus politiquement correct d’«assistante». Forcément au féminin, puisque ces postes sont occupés en grande majorité par des femmes.
Mais que font-elles, les secrétaires de direction? Et comment se sentent-elles, elles qui travaillent au plus proche des grands patrons, leur sont indispensables mais si peu reconnues par le public? Nous avons posé la question à quatre d’entre elles.
Rechercher des documents, traduire, rédiger un rapport, remettre un ancien discours au goût du jour, acheter un cadeau d’anniversaire, aller chercher des lunettes chez l’opticien ou récupérer la mallette oubliée… le cahier des charges des secrétaires de rédaction est impossible à décrire en quelques mots. Leurs tâches sont destinées à faciliter celle de leur patron, voire de la rendre tout simplement possible. «Il s’agit d’être au service de quelqu’un, résume l’une d’elles. Il faut être très disponible, même en dehors du temps de travail.»
Les qualités d’écoute et d’entregent sont soulignées par toutes. Ainsi que le lien particulier avec le patron, car là aussi, il s’agit principalement d’hommes. «Si je ne m’entendais pas avec lui et que je ne l’estimais pas comme personne, je ne pourrais pas faire ce travail.»
Les quatre personnes contactées parlent en tout les cas de leur plaisir à accomplir leur travail. Rester dans l’ombre ne les dérange pas. La reconnaissance du patron leur suffit. «Il faut savoir garder sa place.»
Elles en savent autant que le boss
N’empêche, elles disposent de presque autant d’informations que leur patron. Mais sans son autonomie. «Parfois, on prendrait des décisions qui ne seraient pas plus mauvaises… Mais je préfère conforter que donner mon avis, sauf s’il est sollicité.» A contrario, l’une d’elles a quitté un poste à haute responsabilité pour ne plus avoir à prendre de décisions importantes. «Intellectuellement, c’est tout aussi intéressant, car je suis au courant de tout, mais je n’ai plus ce poids. Et de par ma formation universitaire et mon expérience professionnelle, je peux l’aider à prendre des décisions dans certains domaines.» «C’est plus confortable de ne pas assumer les responsabilités.» La plupart apprécient d’avoir, à côté de leur travail, une activité qui leur laisse une grande autonomie de décision: mandat politique, petit commerce, littérature ou autres.
Elles pallient les manques du patron
Et constater que leur fonction est occupée uniquement par des femmes, n’est-ce pas frustrant? «Cela illustre la notion d’égalité de notre société. La femme est l’égale de l’homme, mais reste un demi-pas en arrière.» Constatant qu’on en demande toujours davantage aux femmes qu’aux hommes à poste égal, l’une de nos interlocutrices remarque aussi que les assistantes pallient certains manques de leur patron. «Nous faisons un certain nombre de choses qu’ils seraient incapables de faire, grâce à nos compétences comme la connaissance des langues étrangères par exemple, que presque toutes les femmes ont.»
Toutes pensent que les hommes n’ont pas envie d’être l’assistant du boss, pour une question d’image. «Des hommes occupent plus volontiers des fonctions plus dévalorisées que celle-ci par la société, mais qui collent plus à l’image que l’on se fait d’un homme.»
Les personnes interrogées ont tenu à rester anonymes pour des raisons de confidentialité liée à leur fonction.
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