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A l’Etat de Vaud, les femmes grimpent sans parvenir au sommet

Société | 10:25  En 2004, le Conseil d’Etat adoptait un Plan pour l’égalité dans l’administration cantonale. Sept mesures aux succès divers.



Sylvie Durrer, Madame Egalité, compte parmi les six oiseaux rares nommés à la tête d’un service de l’Etat de Vaud.
Sylvie Durrer, Madame Egalité, compte parmi les six oiseaux rares nommés à la tête d’un service de l’Etat de Vaud.


Joëlle Fabre | 19-06-2009 | 10:25

On se souvient peut-être d’une photographie tristounette de l’administration cantonale vaudoise, prise au printemps 1998. Une enquête réalisée par le Bureau pour l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH) en collaboration avec le Service de recherche et d’information statistiques (SCRIS) révélait une politique du personnel clairement discriminatoire à l’égard des femmes. En particulier lors du processus d’engagement et dans la répartition des responsabilités. Dix ans plus tard, où en est-on? Une nouvelle enquête fouillée est en cours, confiée à l’Institut interdisciplinaire des trajectoires biographiques de l’Unil.

 

En attendant ce scannage fin, le bilan 2008 du Plan pour l’égalité dans l’administration cantonale vaudoise, quatre ans après son adoption par le Conseil d’Etat, montre que les femmes ont gagné du terrain. Les sept mesures visant à améliorer la conciliation travail-famille et à augmenter la proportion de femmes dans les secteurs et aux niveaux hiérarchiques où elles étaient sous-représentées commencent à porter leurs fruits.

 

«Mais avec des succès divers», nuance d’emblée la cheffe du BEFH, Sylvie Durrer. L’annualisation du temps de travail, par exemple, pourrait être mieux exploitée, estime Madame Egalité. Seule une dizaine de services ont officiellement adopté cette pratique qui, en introduisant de la souplesse dans les horaires, permet de mieux conjuguer responsabilités familiales et professionnelles. Ce demi-succès se double d’un échec total: les mesures prises pour encourager le temps partiel chez les hommes sont un coup d’épée dans l’eau.

 

Le boom des directrices
Plus réjouissant, les femmes sont toujours mieux représentées dans les positions de cadres. De 24% en 2000, leur part est passée à 35% en 2008. Les femmes progressent de façon significative à la tête des quelque 90 établissements de la scolarité obligatoire: on compte aujourd’hui 13 directrices contre seulement 3 à l’arrivée d’Anne-Catherine Lyon, il y a sept ans. Même tendance dans la formation professionnelle. Le Conseil d’Etat a annoncé hier la nomination de deux directrices et un directeur, ce qui porte a 5 sur 13 le nombre d’écoles professionnelles dirigées par des femmes. On approche de la parité.

 

C’est au niveau du «top management» que cela se gâte. Quel que soit le secteur, plus on monte dans la hiérarchie, moins il y a de femmes. Au dernier échelon, elles ne sont plus que 6 pour 41 hommes.
Pourquoi le Conseil d’Etat ne place-t-il pas davantage de femmes au sommet? Ce n’est pas faute d’essayer, répondent les ministres d’une seule voix: pour nommer des femmes, encore faut-il qu’elles se portent candidates. Avec deux cheffes de service dans son département, Philippe Leuba s’estime chanceux: «J’accorde un poids très important aux qualités réputées féminines. Peut-être que d’autres surpondèrent les qualités typiquement masculines? Dans les fonctions dirigeantes, il faut être doué pour la négociation, avoir cet art subtil d’exiger dans le respect des collaborateurs, savoir dire non sans démotiver.»

 

Pierre-Yves Maillard aurait aimé progresser par rapport à la situation qu’il avait reçue en 2004: «J’ai juste réussi à maintenir la situation. J’aurais souhaité une femme pour le Service de la santé publique ou encore pour remplacer le médecin cantonal. Quinze postulations, zéro candidate…»
Au Département des infrastructures, François Marthaler vient de remonter sa jauge en nommant coup sur coup «une» archéologue cantonale et «une» architecte cantonale. De très hautes fonctions, mais ni Nicole Pousaz ni Stéphanie Cantalou n’ont le statut de cheffes de service.
Anne-Catherine Lyon est optimiste: «Il est important de voir que les femmes progressent aux échelons qui précèdent le sommet. Elles sont le vivier naturel dans lequel on va pouvoir puiser.»


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