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Le sacrifice selon (A)pollonia présenté au BFM

Théâtre | 16:51  Il met en scène Isabelle Huppert dans «Un tramway nommé désir». Le Polonais Krzysztof Warlikowski fait figure de star du théâtre contemporain. Son spectacle (A) pollonia traverse l’Antiquité, l’holocauste et les grandes fissures humaines. Quatre représentations événements mises sur pied par la Comédie au Bâtiment des Forces Motrices à Genève.






CHANTAL SAVIOZ | 21-12-2009 | 16:51

Quel est le prix d’une vie? Quelle valeur donner au sacrifice? C’est à ces questions, qui n’amènent pas vraiment de réponses toutes faites, que s’est attelé Krzysztof Warlikowski. Le metteur en scène polonais, figurant parmi les artistes les plus prometteurs du moment, a livré la somme de ses réflexions dans (A) pollonia. Une fresque qui traverse, comme un souffle d’images et de sons, l’Antiquité, l’holocauste, et l’actualité. Un vaste poème inspiré des Grecs, des récits héroïques et des fissures humaines, et qui permet de voir, pour la première fois à Genève, l’œuvre inspirée de Warlikowski. Un fils spirituel de Kantor ou de Lupa, comme le désignent les critiques, et pour qui le théâtre demeure une œuvre dynamique, un laboratoire de vérités.

 

 

 

Krzysztof Warlikowski

 

«Le prénom Apolonia était donné pour faire acte de résistance contre l’occupant russe au XIXe siècle», explique Krzysztof Warlikowski. Le metteur en scène y a vu l’héroïne d’une nouvelle d’Anna Krall. Une mère de famille polonaise voulant sauver 25 enfants juifs durant la guerre; et qui, dénoncée, finira par se faire exécuter. Une Juste? Sans doute. Mais à quel prix? Que vaut le sacrifice d’une mère par rapport à une vie d’orphelin? Quel héritage transmet-on dans les choix définitifs que l’on (s’)impose? Krzysztof Warlikowski dit avoir gratté là où ça fait mal, c'est-à-dire en allant chercher les conséquences de l’acte plutôt que l’héroïsme glorifié.

 

 

Soulagement ou renaissance

 

 

«Honorer les Justes aide à régler la vie», souligne de son côté Piotr Gruszczynski. Le dramaturge du Nowy Teatr évoque les réactions, parfois vives, qu’a soulevé «(A) pollonia» au moment de sa création en mai dernier à Varsovie. «En Pologne, il n’y a jamais eu de réelle anamnèse sur l’Holocauste et ce qui s’était passé durant la Seconde Guerre mondiale. Certains en ont parlé comme du spectacle qui aurait dû avoir lieu en 1945, juste au sortir de la guerre; et qui n’a jamais eu lieu. D’autres ont souligné dans la mise en scène la difficulté voire l’impossibilité du soulagement ou d’une renaissance.»

 

 

 

 

«(A) pollonia» marque un tournant dans la carrière de Krzysztof Warlikowski. Il renonce à Shakespeare dont il a monté les plus grandes pièces, à Sarah Kane, à Koltès… Pour la première fois, il signe l’écriture de son spectacle. Un texte inspiré de ces éléments fondateurs de son théâtre que sont les Grecs, Shakespeare, la Bible et l’Holocauste. Toujours suivant l’idée du sacrifice familial, l’artiste polonais revisite les Grecs, l’Orestie. Il s’inspire aussi d’auteurs contemporains: Jonathan Littel et J.M. Coetze. Des dieux, des hommes, des archétypes ou de simples destins individuels tous réunis sur un même plateau cherchant à donner un écho plausible, une définition humaine du sacrifice.

 

 

Des spectacles qui donnent à penser

 

 

«Il y a chez Krzysztof Warlikowski le souci d’enraciner ses questions. Le recours aux archétypes s’inscrit dans sa démarche», poursuit Piotr Gruszczynski. «Il aime que le spectateur rentre chez lui bouleversé, inquiété. Il se situe aux antipodes des réponses simples, des données unilatérales. Ses spectacles apportent une chose essentielle: ils donnent à penser.»

 

 

Créé à Varsovie, puis présenté cet été à Avignon, à Vienne à Liège à Paris, «(A) pollonia» dépasse largement le contexte polonais. Sans en dévoiler tous les ressorts, le dramaturge souligne l’universalité des questions que soulève la réalisation. «L’exploration du sacrifice familial éclaire d’une étrange façon notre rapport au conformisme. Le point de vue de Krzysztof Warlikowski est tellement inattendu qu’il surprend jusque dans ses convictions les plus profondes. Et de Varsovie à Avignon ou ailleurs en Europe, «(A) pollonia reste un voyage surprenant, dérangeant et qui peut faire mal, parfois.»

 

 

 

Images projetées, musique, éclairages… Les spectacles de Krzysztof Warlikowski possèdent généralement un charme envoûtant. Ce langage théâtral particulier est dû, pour l’essentiel, à la complicité artistique que Warlikowski a su créer avec les équipes techniques et les musiciens.

 

 

«C’est très difficile de parler d’esthétisme», note encore Piotr Gruszczynski. «Il s’agit d’un langage très moderne, très beau. Je dirai que dans l’ensemble de son théâtre, Warlikowski joue sur un paradoxe. Ses spectacles déploient énormément de beauté et évoquent au fond des choses assez horribles. C’est un peu comme si la beauté avait pour fonction d’anesthésier le spectateur, de pallier la douleur. C’est grâce à ce processus que le spectacle peut opérer. Que le théâtre peut faire son travail.»

 

 

 

NOTE: (A)pollonia du 12 au 15 janvier au Bâtiment des Forces Motrices. 19h. Durée: 4h30. Réservations Comédie de Genève: 022 320 50 00.


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