L'hypersexualisation des petites filles: un phénomène inquiétant

Pour le pédopsychiatre genevois Nicolas Liengme, elle est principalement induite par les magazines de mode qui offrent des images dénudées, provocantes, dont raffolent les gamines d'une dizaine d'années. Une cible privilégiée.

Défilé 2010 d'Agatha Ruiz de la Prada en Colombie

Défilé 2010 d'Agatha Ruiz de la Prada en Colombie © AFP

L'hypersexualisation des petites filles inquiète. Après la parution dans Vogue, en décembre 2010, de photos mettant en scène l'une d'elles dans des tenues et poses suggestives, elle vient de susciter en France un rapport proposant une série de recommandations censées freiner le phénomène,

Celui-ci n’épargne pas la Suisse. Pour le pédopsychiatre genevois Nicolas Liengme, la sexualisation des fillettes a même cours depuis des décennies. En cause des codes vestimentaires, des postures ou expressions trop précoces, notamment suggérées par les Lolitas des podiums .

"Le problème naît de la confusion des langues", remarque le spécialiste. "Certes la psychanalyse a montré l'existence d'une sexualité infantile, mais celle-ci n'est pas à superposer à la sexualité adulte. Dans sa demande, l’enfant va surtout vouloir être aimé d'un adulte, rechercher de la tendresse, un amour protecteur et non sexualisé auprès de parents, d’enseignants qui représentent ses modèles. Mais certains pourraient être amenés à décoder à tort des signes sexuels de type adulte et à renvoyer un regard ou des gestes empreints d'un désir profondément néfaste au développement infantile."

-En permettant que sa fille s’habille comme elle, une mère ne comprend donc pas le danger qu’elle lui fait  courir.

-Il faut nuancer le propos. S’habiller comme maman, mettre ses chaussures, son rouge à lèvres lors de moments protégés, sous son oeil bienveillant et amusé, ne pose aucun problème et ne nuit pas à la construction. Car il s'agit avant tout d'un jeu. Au contraire, apparaître en petite femme sexy en public risque d’entraîner une excitation auprès d’adultes ou de garçons plus âgés, dont la fillette ne se rend pas compte. Il ne faut toutefois pas lui reprocher cette attitude, mais agir auprès des parents qui, eux non plus, n’en ont pas conscience.

-Des sociologues estiment que le porno est le grand responsable de cette hypersexualisation, que c’est là qu’il faut porter les attaques mais que personne ne veut y toucher au nom de la liberté d’expression.

-Pour moi, il s’agit d’un sujet différent. Certes l’internet non surveillé est terriblement délétère pour l’enfant et je ne saurai trop recommander, en Suisse comme ailleurs, un contrôle beaucoup plus strict, un blocage de l’accès aux images. Mais Je ne pense pas qu’il faille faire un amalgame direct entre le porno et la mode vestimentaire. A mon avis il ne marque pas le phénomène de sexualisation chez les enfants. Et c’est ce dont on parle ici. En revanche la question est autre si l’on aborde la problématique de l’hypersexualisation des adolescentes.

-Qu’est-ce qui induit la sexualisation au premier chef?

-Ce qui suscite l’intérêt des fillettes. A dix ans, même si elles les ont vues, elles ne sont pas ou très peu influencées par des images pornographiques. Elles en sont plutôt dégoûtées. En revanche les filles prépubères raffolent des magazines de mode qui offrent des photos dénudées, provocantes, plus puissantes à transformer le comportement et la mentalité. De la même façon que la Barbie dont elles s’occupent avec un soin particulier, car à leurs yeux, la poupée représente l’idéal qu’elles voudraient devenir plus tard.

-Dans cet ordre d’idées, le marketing colossal pour rompre la barrière des âges est particulièrement dénoncé.

-C’est juste, car le marché est énorme. Le monde de la mode a compris depuis longtemps que les vêtements ont une immense importance et exploite ce désir de l’enfant de ressembler à l’adulte, d’être aimé, admiré. Parmi les choses à bannir, la société doit par exemple mettre au banc des accusés toute marque proposant des soutien-gorges rembourrés pour les petites filles, qui risquent d'exciter leurs aînés.  

-Et que pensez-vous d’une interdiction souvent souhaitée des concours de beauté pour mini-miss?

-Sans aborder la question complexe de l’interdiction, je considère ces concours comme nuisibles au développement de l’enfant. Les adultes doivent encourager le partage et la reconnaissance de l’autre dans la richesse de chaque individualité. Bien sûr, on ne peut empêcher une certaine compétition naturelle à ce niveau, nul n’étant égal devant la beauté, mais la favoriser, non.

-Peut-on endiguer le phénomène?

-En partie, mais sans recourir à une intervention trop brutale qui provoquerait l’inverse de ce qui est recherché. Le plus important est de susciter la réflexion chez les parents, les sensibiliser davantage à la sexualisation précoce. Parce que dans la majorité des cas, ils ne réalisent pas l’effet très pernicieux d’un regard d’adulte à l’extérieur du noyau familial.

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Il est en effet essentiel de sensibiliser les parents à converser avec leurs petites filles.Bien souvent souvent cependant, la crainte d'un conflit les retient. N'oublions pas qu'un conflit peut être constructif! Parents, prenez le temps d'expliquez la vie à vos enfants!

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C'est le fantasme des pédophiles en chair et en os. Quand les parents comprendront et parleront aux petites filles du danger de se déguiser en femme, alors on aura compris le problème . Les persuader qu'elles sont uniques qu'il ne faut pas avoir comme but être comme tout le monde c'est ce q'elles doivent savoir et intérioriser pour se défendre des solicitations quotidiennes de devenir une Barbie de 10ans!

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