Harry Roselmack dans les bas fonds de la prostitution genevoise

Avec une augmentation fulgurante de la prostitution, Genève se transforme-t-elle en "bordel de l'Europe?". Le journaliste vedette de TF1 ne tranche pas. Il se dit cependant surpris par vitrines et salons qui s'exposent au regard en toute légalité. Interview.

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© AFP

Il ne s'agit pas des yeux de Tartuffe, mais bien plutôt du regard "persan" qui découvre une réalité étrangère. Harry Roselmack a sondé les trottoirs de Genève pour son émission "En immersion". Choqué? "Non, car je ne veux pas apporter de point de vue moral. Mais il est vrai que j'ai été surpris et destabilisé", reconnaît le journaliste vedette de TF1. "Une ville comme Genève qui considère la prostitution comme un banal commerce provoque un malaise". Le bout du lac est-il en train de se transformer en "bordel de l'Europe" comme titrait le journal le Temps dans son édition du 23 janvier? Interview avec un passant presque ordinaire des commerces jadis illicites.

Harry Roselmack, pour votre émission diffusée récemment, vous avez choisi Paris, Lyon et Genève. Pourquoi cette ville suisse?

Il existe à Genève un encadrement juridique totalement différent de celui de la France, Les prostituées y exercent en toute légalité. En France on est à des lieues de ce dacre légal. La lutte contre le proxénétisme se transforme en lutte contre la prostitution. Le raccolage actif est aujourd'hui considéré comme un délit. Le but de cette "immersion" était de voir si 'exercice de la prostitution, encadré juridiquement, s'avérait moins dur...

Résultat?

Pas vraiment. A Genève, j'ai pu constater que les douleurs profondes que provoque l'exercice de ce métier ne sont pas liées à la clandestinité. On a beau légiférer, donner un cadre, les douleurs profondes restent liées à la pratique même de la prostitution, au simple fait de vendre son corps.

Les vitrines à travers lesquelles s'exposent  les prostituées des Pâquis, les salons de massage vous ont-ils choqués?

Je n'ai pas à porter un point de vue moral sur cette question. Nous avons passé, mon équipe et moi, une semaine dans le salon Venusia. Disons que j'ai été surpris, déstabilisé qu'un tel établissement ayant pignon sur rue puisse exister. Le fait de considérer la prostitution comme "un banal commerce", faire de la pub, provoque un certain malaise. A Genève comme à Amsterdam, le corps est exposé, objet de commerce, comme peuvent l'être des vêtements ou de simples chaussures. Les femmes sont-elles plus heureuses d'exercer leur métier. Non! l'important était pour moi de montrer ce que ressentent les acteurs de la prostitution.

En peu d'années, la prostitution a quadruplé à Genève. On en recense aujourd'hui 4000 femmes exerçant ce métier. De plus en plus de Françaises traversent la frontière pour se prostituer. N'y voyez-vous pas la conséquence d'une forme d'hypocrisie de la part d'un état qui veut légiférer, enrayer à tout prix un phénomène vieux comme le monde?

C'est un risque en effet. Plus la législation anti-prostitution va s'étendre e France, plus les prostituées françaises vont se rendre de l'autre côté de la frontière. C'est pareil pour tous les métiers d'ailleurs si le franc suisse se maintient face à l'euro. La précarité qui touche de plus en plus les femmes alimente la prostitution. C'est l'un des facteurs déterminants qui les poussent, de plus en plus nombreuses, sur le trottoir.

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Les civilisations peuvent changer, elles peuvent s'méliorer au profit du bien-être et du respect des individus. Un phénomène peut disparaître si les êtres prennent conscience qu'il est destructeur. Il n'y a pas de fatalisme à la prostitution. Cette pratique avilissante, quoi que l'on dise, pour les deux partenaires est vouée à disparaître dans un monde à l'évolution positive. Et pourquoi ne pourrions-nous pas oeuvrer à un monde meilleur, cela ne dépend que de nous.

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