Congé paternité en Europe: quelques pays surdoués, mais beaucoup de cancres

Entre territoire tabou et institution reconnue, le congé paternité n’est pas logé à la même enseigne selon l’endroit où l’on se trouve sur le Vieux continent. Panorama de la situation dans différents Etats européens.

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© AFP

 

Un papa qui maîtrise le processus du biberon de A à Z, virtuose des origamis quotidiens avec les couches-culottes. Un papa vraiment disponible qui n’hésite pas à donner de son temps pour permettre à la maman de s’échapper quelques heures du nid afin de continuer à travailler. Par chance, ce géniteur idéal pour nombre de femmes n’est pas en voie d’extinction, il serait plutôt en voie d’élaboration, de maturation dans nos sociétés occidentales. Quoi qu’en disent les chantres de la virilité préhistorique, la chose est plutôt une bonne nouvelle pour honorer les valeurs d’égalité entre les sexes. Et surtout pour que chacun puisse se réaliser pleinement sans se sentir enfermé à outrance dans un rôle prédéterminé.

Mais pour permettre l’éclosion de ce nouveau modèle, encore faut-il que la société y mette du sien, en créant des dispositifs efficaces. Parmi eux, le congé paternité, tout comme le congé parental accessible aux pères, s’avèrent l’un des piliers d’une politique familiale bannissant les ultimes emprises du modèle patriarcal. Si l’idée fait son chemin en Europe, les pays du Vieux continent sont encore loin d’afficher une volonté commune dans ce domaine. Alors que depuis 1992 l’Union accorde à ses citoyennes un congé maternité rémunéré de 14 semaines minimum, l’adoption d’un texte légiférant sur le congé paternité a échoué sur les marches du Conseil européen en 2011, les dirigeants ayant refusé les deux petites semaines proposées par le parlement de Bruxelles.

Une débâcle qui n’a toutefois pas empêché certaines nations de prendre leurs propres mesures en la matière, générant de grandes disparités selon les régions. Pour y voir plus clair parmi une myriade de cas différents, nous avons ainsi établi un classement des pays en fonction de leur générosité à l’égard des papas. Seuls les congés paternité ou congés parentaux rétribués (qu’ils le soient par l’Etat, l’employeur ou les assurances) ont été pris en compte pour ce palmarès.

L’âge des pères: l’éternel quintette nordique

Semblant toujours avoir plusieurs coups d’avance lorsqu’on aborde les politiques sociales, les Etats scandinaves ou nordiques ont depuis longtemps mis en place un congé destiné aux pères. Il y a même de quoi donner le vertige. La Suède fut en effet la première à se lancer dans l’aventure, et ce dès 1974. Le très visionnaire Premier ministre Olof Palme, malheureusement assassiné en 1986, imposa un congé parental unique à se partager dans le couple. Aujourd’hui, sa durée est de 16 mois (!), dont deux mois au moins doivent obligatoirement être pris par le papa. Grâce à la grande flexibilité du système, l’homme peut ainsi prendre jusqu’à 60 semaines pour s’occuper de bébé si madame doit retrouver rapidement le chemin du travail.

Des largesses encore inégalées sur tout le continent, en dépit des dispositifs également favorables de la Norvège, qui talonne son voisin sur le sujet. Là aussi, le congé parental mixte est de rigueur. Il y atteint 54 semaines, 42 d’entre elles au total pouvant être accordées au papa. Idem avec l’Islande. Les pères qui le veulent ont la possibilité de saisir les deux tiers d’un congé long de neuf mois. Le Danemark et la Finlande ont, quant à eux, préféré le modèle plus classique en proposant un congé paternité après la naissance (respectivement fixé à 2 et 4 semaines) prolongeable par un congé parental d’une trentaine de semaines à partager avec la mère.

Même si de nombreuses inégalités subsistent dans ces sociétés, on ne pourra évidemment que louer la volonté d’encourager le partage des tâches inhérentes à l’arrivée d’un enfant dans le foyer. En Norvège, neuf hommes sur dix prennent leur part minimum de congé, c’est-à-dire 12 semaines. Et la Suède peut s’enorgueillir, pour sa part, d’un taux d’emploi des jeunes mamans atteignant les 81 %, soit le plus élevé d’Europe…

L’âge des «peut mieux faire»: la majeure partie des Etats européens

On pourra s’en étonner (sans savoir pour quelles raisons d’ailleurs), mais quelques pays d’Europe de l’Est mènent une politique pouvant s’avérer intéressante pour les couples. C’est notamment le cas de la Bulgarie, où le congé maternité, déjà généreux avec ses 54 semaines, peut être transférable en partie pour le papa. Celui-ci jouit en outre d’un congé paternité de deux semaines. Une situation presque similaire chez sa voisine la Roumanie, puisque les hommes sont autorisés à effectuer 21 semaines de congé parental payé à 85 % du salaire à la place de la maman, après ses 42 jours obligatoires de congé maternité. On remarquera cependant que le congé paternité est pour l’heure inexistant.

Plus proche de nous, l’Allemagne a un peu tardé à franchir le pas, mais son premier dispositif dans ce sens rencontre un certain succès. Dénuée de congé paternité à proprement parler, la nation de Goethe veut en tout cas inciter les pères à passer par la case foyer : comme en Roumanie, ils ont la possibilité de prendre un long congé parental (14 mois ici) pour permettre à la maman de recommencer rapidement à travailler, avec une rémunération équivalente à 65 % des revenus qu’ils touchaient avant l’accouchement et plafonnée à 1800 euros mensuels. Mais le pays pourrait ne pas progresser sur cette voie, car le ministère de la Famille envisage sérieusement de créer un congé grand-parental, option motivée par un rapport démontrant que plus d’un tiers des foyers font appel aux séniors pour faire garder leur progéniture. L’accueil est assez tiède, tant la crainte est grande de voir l’Etat ne plus investir décemment pour les crèches.

Si l’Allemagne semble avoir envie de transiger, le Portugal, lui, continue sur sa lancée. Dix jours de congés paternité sont obligatoires. Ils peuvent éventuellement être doublés pour ceux qui le désirent, et complétés par plusieurs semaines pris sur le congé maternité. Les autres pays se situent quant à eux dans la moyenne: l’Espagne, la France, la Belgique, la Slovénie, le Royaume-Uni, et la Pologne depuis peu, proposent tous un congé paternité courant de 10 à 15 jours, avec parfois en sus un congé parental à rémunération modérée. Cinq jours sont prévus en Hongrie, aucun en Italie, même si dans la botte de l’Europe, les hommes ont droit à quatre mois de congé parental maigrement rémunérés aux deux-tiers du salaire. Encore faut-il que ces dames daignent leur céder la place, car pouponner ou partir au bureau, il faut choisir.

L’âge de pierre: sur une diagonale menant d’Athènes à Dublin

En Grèce, nul besoin d’invoquer la crise pour trouver des raisons à une politique sociale plutôt ingrate envers la paternité. Bien avant la menace de faillite de l’Etat, au pays des Pères de la philosophie, les jeunes papas n’avaient déjà droit qu’à trois jours de congé. Seul le secteur public offre par ailleurs la possibilité de prendre un congé parental un tantinet rémunéré. Plus au nord, la République Tchèque et la Slovaquie, mais également l’Autriche n’offrent toujours pas, au bénéfice des hommes, un seul jour vacant officiel au lendemain d’un heureux événement. Des dispositions existent bel et bien pour un congé parental au masculin, mais ni les mentalités ni les faibles rémunérations ne l’encouragent. En Tchéquie par exemple, seulement 2 % des pères y font appel…

Difficile de dire si les Pays-Bas, eux, font mieux ou pire. Bien que leurs citoyens puissent prétendre à deux infimes jours de congé paternité, ils n’ont d’autres choix, s’ils sont décidés à s’occuper de leur enfant, de s’engager pour un congé parental non rémunéré. Enfin, lanternes rouges de ce classement, l’Irlande et la Suisse, qui réussissent l’exploit de n’avoir ni congé paternité ni congé parental pour hommes inscrits dans leurs textes de loi. Dans ce domaine, elles font aussi bien que l’Ukraine. Autant dire que tout reste à faire, ou presque, pour l’égalité des sexes dans ces «no father’s land».

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