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Une Genevoise risque la mort après avoir vu quatre médecins

| 08:26  A 57 ans, une Genevoise a failli mourir d’une infection généralisée (septicémie), causée par une angine non traitée, après avoir vu quatre docteurs de SOS Médecins à son domicile. Cette dame doit la vie à l’Hôpital de La Tour où elle a été transférée.




Sophie Davaris | 30-07-2010 | 08:26

La Commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients a sanctionné les quatre médecins ce printemps. Le premier s’est vu infliger un avertissement, le deuxième une suspension d’un mois, le troisième un blâme et le quatrième une suspension de deux mois. Les suspensions font l’objet de recours au Tribunal administratif.

 

 

L’affaire remonte au mois de janvier 2008. Madame D. revient souffrante d’un voyage au Mali. Le lundi 7, elle a de la fièvre et mal à la gorge. Ne pouvant être reçue par son médecin traitant, elle contacte SOS Médecins. Le docteur qui lui rend visite n’a pas d’équivalence pour ses diplômes français (lire ci-dessous). Son diagnostic? Une pharyngite virale. Il n’évoque pas d’autres pistes, comme la malaria, ce que lui reprochera la commission. Il ne recherche pas non plus la présence de streptocoques (bactéries) au fond de la gorge. Il prescrit du paracétamol, du sirop et des antibiotiques, à prendre six jours plus tard si les symptômes persistent. Prescrire un antibiotique en réserve est «très contestable», selon la commission, qui prononce la peine la plus légère prévue par la loi: un avertissement.

 


L’hospitalisation s’imposait dès le deuxième jour

 

 

Le lendemain, l’état de Mme D. s’est aggravé. Elle se réveille avec 40° C de fièvre, vomit, a la diarrhée. Elle rappelle SOS Médecins. Le deuxième docteur voit l’ordonnance de son confrère mais n’a pas pu lire son rapport. La patiente a une tension basse. Le médecin se méfie, cette fois, de la malaria. Il fait une prise de sang mais demande à la patiente de s’enquérir elle-même du résultat auprès du laboratoire.

 

 

Insuffisant, estiment les experts de la commission: fébrile et hypotendue, la patiente, dont l’état s’aggravait, aurait déjà dû, à ce stade, être conduite à l’hôpital. Si le médecin voulait malgré tout la soigner à la maison, le bilan sanguin demandé aurait dû être beaucoup plus large. La commission ne lui reproche pas de ne pas avoir posé le bon diagnostic, mais de «ne pas avoir reconnu les signaux de gravité d’un état septique, quelle qu’en soit la cause […], et d’avoir ainsi mis en danger la patiente».

 

 

De plus, «le fait de ne pas s’être assuré qu’une suite médicale soit donnée, alors qu’une situation potentiellement grave était suspectée à domicile, était également inadéquat». Estimant la faute grave, la commission a proposé de suspendre le médecin pendant un mois. Une sanction approuvée par le conseiller d’Etat Pierre-François Unger et contestée par SOS Médecins.

 

 

Dans la nuit du 8 au 9 janvier, l’état de Mme D. empire. Elle rappelle SOS Médecins. Un troisième docteur se déplace. Mme D. demande à être hospitalisée. Le médecin refuse, attribuant son trouble à de l’anxiété. Il ne transmet pas le cas à un collègue ni au médecin traitant de la patiente. «Vous n’avez aucun critère d’hospitalisation», lui aurait-il dit en partant.

 

 

Au contraire, estime la commission, la fièvre au retour d’un voyage en Afrique et les symptômes présentés imposaient des examens approfondis. Toutefois, le médecin a des circonstances atténuantes: la consultation a eu lieu la nuit et le contenu des consultations précédentes n’était pas accessible. Il ne reçoit donc qu’un blâme.

 

 

Dans une obstination qui lui a sans doute sauvé la vie, Mme D. persiste à appeler SOS Médecins une quatrième fois, le 10 janvier, pour être hospitalisée. Le quatrième médecin ignore, à son arrivée, que trois de ses collègues ont déjà rendu visite à cette dame. Il l’apprend lors de la consultation. Il retient comme diagnostics possibles: «Fièvre au retour d’un pays tropical. Syndrome dépressif. Urticaire géante», évoquant une allergie à l’Aspegic. Il accepte d’hospitaliser la patiente mais s’en va avant l’arrivée de l’ambulance et sans avoir tenté de la perfuser, ce qui était indispensable pour faire remonter la tension très basse.

 

 

Trois jours dans le coma

 

 

La perfusion sera posée par les ambulanciers qui conduiront la patiente à l’Hôpital de La Tour, où l’état de choc septique est relevé dès l’admission. Il est si grave que les reins, les poumons et le foie ne fonctionnent plus. La patiente est intubée pendant trois jours et plongée dans un coma artificiel. Elle souffre aussi de sévères troubles de coagulation. Mme D. restera hospitalisée jusqu’au 26 janvier 2008 puis suivra une réadaptation en clinique jusqu’au 6 février. S’ensuivra un arrêt complet de travail de trois mois, la patiente ne recouvrant sa pleine capacité qu’après six mois.

 

 

Ce n’est pas l’erreur de diagnostic qui est reprochée au quatrième docteur. Pour la commission de surveillance, il n’était pas acceptable qu’un «médecin revendiquant une spécialité de médecine d’urgence» ne voie pas qu’une tension très basse, mesurée plusieurs fois, pouvait signifier un état de choc. Pas acceptable non plus de laisser la patiente seule dans cet état, sans avoir tenté de la perfuser.

 

 

Sur place, les ambulanciers ont noté un degré d’urgence NACA 4, code qui signifie «maladie grave pouvant évoluer vers un risque vital en l’absence d’un traitement hospitalier». Face à «une négligence extrêmement grave pouvant avoir des conséquences vitales», les experts ont recommandé la suspension du médecin fautif pendant deux mois. Le conseiller d’Etat Pierre-François Unger a suivi ce préavis que conteste SOS Médecins.


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