
«Je sais parfaitement que ma santé ne peut s’améliorer, j’ai atteint mes limites pour opérer seule et rapidement, car, dans le cas contraire, on me refusera bientôt la liberté de mettre fin à mes souffrances. (…) je ne peux me permettre de perdre encore un peu plus d’autonomie.» Le récit de Ioana Nantel force le respect. Directe, lucide, touchante mais jamais geignarde, la jeune Française offre son témoignage à la réflexion autour de la fin de vie des personnes condamnées par les défaillances de leur corps. Atteinte d’une maladie dégénérative qui la prive peu à peu de l’usage autonome de son corps, elle a choisi d’abréger ses souffrances. Mais avant, elle fait parvenir une clé USB à son amie Georgina Falcon. A l’intérieur, le récit de ses années passées avec la maladie. Ioana Nantel demande à son amie d’en faire un livre. Lequel paraît ces jours-ci aux éditions Xenia, intitulé Qui m’a tuée?.
Internet comme lien avec la vie
Le parcours de Ioana Nantel incite accessoirement à la jeter un autre regard sur Internet. Ce réseau mondial, simple outil de travail pour la plupart d’entre nous, vecteur des pires atrocités aux yeux des plus pessimistes, a été pour Ioana Nantel un moyen de continuer à vivre le plus longtemps possible dans une certaine dignité. Immobilisée dans un fauteuil, souvent considérée comme un «dossier» ou un cas à étudier par le monde médical, la jeune femme a pu exister aux travers de son blog, son forum, le blog de ses amis et de tous ceux qui désiraient lui apporter leur aide. Elle trouve sur le net un confident idéal. Car dans la vie réelle, face à la gêne que suscite sa souffrance, «on a vite fait d’apprendre à se taire quand on a un besoin vital d’être écoutée» dit-elle.
La "médiatisation" de Iona Nantel sur internet n'est sans doute pas étrangère à l'intérêt que lui a porté Delarue au travers de sa fameuse émission "Toute une histoire". C’est sur internet enfin que la jeune femme fait la connaissance de Georgina Falcon, spécialiste du deuil, qui vit au Québec et mettra un point d’honneur à réaliser son vœu.
«UN TÉMOIGNAGE SUR LA DÉSHUMANISATION DE L'ÊTRE HUMAIN»
Slobodan Despot, directeur des Editions Xenia, explique sa démarche.
- Ce témoignage est-il un plaidoyer en faveur d'une réglementation de l'euthanasie?
A première vue, oui. Si j'essaie de me mettre à la place de Ioana, elle devait maudire au fond d'elle-même un monde qui l'obligeait, sans la contrepartie de la compassion et de l'amitié, à continuer de vivre au-delà de la vie, c'est-à-dire au-delà de toute espérance.
- Quel est votre avis personnel sur la question?
- Par mes convictions et mon éducation, je suis plutôt opposé à l'euthanasie. Je considère que la vie nous est donnée en prêt et que nous n'avons pas le droit de l'éteindre quand bon nous semble. Mais quelles sont les limites de la douleur, de la souffrance? Comment réfléchit-on lorsque vivre n'est plus qu'un calvaire? Je ne le sais pas. Je m'abstiens de juger un être humain qui souffre jusqu'à la démence.
- Si vous n'entendez pas entrer dans ce débat, qu'avez-vous voulu transmettre à vos lecteurs?
Nous avons une collection de livres nommée "les Yeux ouverts". Ce n'est pas une appellation en l'air: ces livres de témoignage nous interdisent de fermer les yeux sur des réalités qui gênent. Qui m'a tuée? est un témoignage très intime, très direct et simple qui nous met face à nos choix. Pour les consolider ou les réfuter? Je l'ignore. Mon travail est d'offrir aux lecteurs un point de vue nouveau, non suspect de manipulation, sur les grandes questions qui les préoccupent. Ce qui m'a particulièrement frappé dans ce livre, c'est ce grand et horrible paradoxe de notre attitude moderne face à la mort. D'un côté, nous nous acharnons par tous les moyens à faire durer des personnes condamnées; de l'autre, nous traitons ces gens comme du bétail, comme des choses. Le témoignage posthume de Ioana est aussi un grand témoignage sur la déshumanisation de l'être humain au XXIe siècle.
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