
Il a fallu des mois de préparation ainsi qu’une autorisation spéciale signée par Poutine lui-même pour que « Chamade » (1) puisse enfin quitter le Grand Nord norvégien. Le voilier de 12 mètres de la Genevoise Sylvie Cohen et de son mari, Marc Decrey (journaliste à la radio romande) va relier Kirkenes (Norvège) à Saint-Pétersbourg. Lors de ce périple dans la Russie septentrionale, il naviguera sur la Mer de Barents, la Mer Blanche et la Baltique.
Il traversera les plus grands lacs d’Europe (Orega et Ladoga), jettera l’ancre dans des villes portuaires fondées par Yvan le Terrible ou des îles abritant des monastères anciens et les tristement célèbres geôles de Staline. « Chamade » sera surtout le premier voilier battant pavillon étranger à franchir le célèbre Canal de Belomorsk construit dans les années 30 par les prisonniers du goulag.
Comme toutes les grandes aventures, celle-ci sera le fruit d’un partage. Le couple de navigateurs journalistes, engagé en faveur du don d’organes, accueillera à bord de « Chamade » quatre transplantés romands. Un voyage de deux mois environ en Carélie, dont la navigatrice relate les principales étapes sur le site des Quotidiennes.
Sylvie Cohen, à la veille de votre départ que redoutez-vous le plus ?
Les conditions météo qui peuvent être difficiles dans les eaux glacées. Il y a beaucoup de troncs d’arbres actuellement sur la Mer de Barents. Il faudra adapter la navigation. Par ailleurs, nous ne sommes jamais à l’abri de tracasseries administratives. Nous avons certes une ordonnance gouvernementale signée par Poutine nous autorisant à naviguer dans les eaux intérieures russes. Dès lors tout devrait bien se passer. Mais à partir du canal de Belomorsk, c’est un peu l’inconnu. Nous avons dû prendre un pilote pour la traversée du canal. Plus au sud nous avons dû faire appel à une entreprise pour démâter afin de passer sous un pont. Ce sont des manœuvres techniques dont nous ne pouvons guère prévoir le déroulement.
Pourquoi avoir choisi cette région ?
Après avoir passé quelques mois l’an dernier au Spitsberg, nous avions envie de culture. J’ai toujours eu un faible pour l’histoire russe. La région que nous allons traverser est le berceau de la Russie. Sans parler de Saint-Pétersbourg, des villes comme Arkhangelsk ou Petrozavodsk sont des bastions anciens. De nombreux sites sont aujourd’hui inscrits au patrimoine de l’UNESCO comme les églises de l’Ile de Kizhi. La Carélie est par ailleurs une région frontière et commerciale importante de l’Ex Union Soviétique.
Quelles sont les principales étapes ?
Les villes importantes, car il y a peu de ports et la mer est généralement trop profonde pour qu’on puisse jeter l’ancre. Nous allons séjourner une semaine à Mourmansk, à Arkhangelsk et à Saint-Pétersbourg. Dans chacun de ses lieux, nous avons organisé des rencontres avec des équipes médicales et des personnes transplantées russes. La Suisse connaît une baisse dramatique du nombre de donneurs d’organes. La Russie rencontre, elle, d’autres problèmes. Sous Staline, le corps appartenait davantage à la communauté qu’à l’individu. L’Etat avait donc droit de prélever tous les organes qu’il souhaitait sans autorisation. Aujourd’hui le pays connaît une autre crise : le don d’organes est souvent lié au trafic d’organes.
Durant cette traversée plusieurs visiteurs vont vous rejoindre à bord. Parlez-nous de ces équipages…
Comme au Spitsberg l’an dernier, nous accueillons des greffés. Ce voyage est l’occasion de montrer aux gens que les transplantés ne sont pas en sursis. Ils peuvent rêver d’une vie pleine et entière, et entreprendre des traversées dans des régions souvent difficiles, éloignées d’infrastructures médicales. Giselle Lucas Ceppi, greffée du rein, Marco Domeniconi (foie), Sandra Anne Menthonnex (cœur) et Harold Hartmut Lange (2 poumons et un rein) nous rejoindront et participeront aux rencontres prévues. Nous les avons organisées avec les équipes du CHUV et des HUG ainsi que Swisstransplant.
Une équipe de la télévision romande (« Passe-moi les jumelles ») fera elle aussi un bout du voyage.
(1) Chamade est un dériveur en aluminium. Un OVNI 365 de 12 m. Pour de plus amples informations, consultez le site de chamade
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