
Dans la catégorie sport business, le tennis n’occupe pas le centre du terrain. La Formule 1, la boxe, le golf et le football font figure de maillot jaune. C’est ce qu’affirme René Stambach, président de Swiss Tennis. Sans compter que rares sont les tennismen qui
décrochent le jackpot.
A peine plus d’une vingtaine au monde affichent un salaire annuel d’un million de dollars. D’autres paramètres justifient la rémunération inflationniste des têtes d’affiche. Comme la brièveté des carrières et la part du sacrifice. Federer n’est pas devenu le recordman des podiums d’un seul coup de raquette magique. Depuis l’enfance, il est littéralement vissé aux courts.
Enfin, les sportifs d’élite n’encaissent pas les millions en solo. «Les bénéfices des tournois sont distribués à parts égales entre fédération et joueurs», insiste René Stambach.
L’offre et la demande
Soit. Mais si sport et argent jouent en double, c’est la faute à la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande. Plus la discipline a d’adeptes, plus les enchères flambent. «Ainsi, certains clubs de foot par exemple, comme le Real Madrid, débourse 100 millions de dollars pour le transfert d’un joueur», explique Pierre Morath, historien du sport. Une onéreuse acquisition qui fait d’ailleurs aujourd’hui grincer des dents Michel Platini. Le président de l’UEFA n’a, à cet égard, pas l’intention d’abandonner son concept de fair-play financier entre les clubs.
Pour Pierre Morath, le ver est entré dans le fruit dans les années 70. En clair, le sport a commencé à flirter avec l’argent quand l’Europe a sportivement quitté le terrain de l’amateurisme pour jouer dans la cour des pros. «Avant cela, seul le cyclisme évoluait en catégorie professionnelle», détaille l’expert. Mais il fallait bien donner la riposte et s’aligner sur les Etats-Unis et le bloc de l’Est. Les premiers ont commencé à rétribuer leurs athlètes via les bourses universitaires et les seconds ont toujours versé quelques alléchants subsides à leurs sportifs d’élite, même «amateurs».
Au fil des décennies, le sport spectacle – relayé par les chaînes de télévision – a complètement bouleversé la donne. «La télé-réalité n’a jamais réussi à dégommer les audiences des grandes rencontres sportives. Alors naturellement le salaire des athlètes a pris l’ascenseur», reprend Pierre Morath.
Pour autant, toutes les activités sportives sont-elles à mettre dans le même panier? Pas dit. Comme l’explicite encore Pierre Morath: «Si l’on peut juger les émoluments octroyés à certains footballeurs comme disproportionnés, il est en revanche malséant de mettre des tennismen ou des coureurs automobile à l’index. Les premiers se sont faits à la force de leur seul poignet et les seconds prennent des risques inconsidérés sur les circuits.»
Alexandre Etter, psychologue du sport estime cependant que sport et argent ne font pas toujours bon ménage. L’un dénaturant immanquablement l’autre. «Car seul compte le résultat», assure-t-il.
Au-delà, dans le sport de haut niveau, il y a plus d’appelés que d’élus. «La majorité des athlètes ne parviennent pas à vivre de leurs seules prouesses dans les stades.» Et l’Helvétie ne semble pas non plus prête à miser sur la relève. «Contrairement à la France qui a multiplié les centres de formation mixte (sport et études)», observe Alexandre Etter. Certains cantons consentent certes à des aménagements d’horaires et à des séances de rattrapage pour les futurs champions.
Rémunération indécente ou amplement méritée? Les jeux ne sont pas faits du côté des 350 participants à notre débat. A peine moins de la moitié estime la course aux dollars justifiée. La sueur des phénix de la pelouse ou de la terre battue n’aurait-elle, in fine, pas de prix?
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