
Les deux ans de lutte juridique entre le Defender et le Challenger of record ont mené à une situation étrange qui pourrait bien avoir dégoûté plus d’un amateur de la Coupe de l’America. (Participez à notre débat). La compétition de voile est finalement agendée au 8 février à Valence. Le premier bateau qui remportera deux régates seulement sera déclaré vainqueur. Et surtout, la course débute alors que le feuilleton juridique opposant les deux milliardaires, le Suisse Ernesto Bertarelli et l’Américain Larry Ellison, n’est pas terminé. La justice ne statuera pas sur la légalité des voiles d’Alinghi avant lundi, jour du premier affrontement. Le defender Alinghi est accusé par son adversaire Oracle de ne pas les avoir fabriquées en Suisse, ce qui contreviendrait au règlement. La Cour suprême de New York pourrait donc invalider le résultat de la course.
Mais pour le secrétaire général du Cercle de la Voile de la Société nautique de Genève Alex Tournier, comme pour de nombreux fans d’Alinghi, peu importe que le vainqueur touche physiquement la mythique aiguière d’argent. «L’important, c’est que le monde sache qui l’aura méritée sur l’eau.» Il s’agit donc bien d’une question de prestige, coûte que coûte. N’empêche, une annulation du résultat ou une victoire «juridique» d’Oracle laisserait un amer souvenir de cette compétition. D’aucun aiment d’ores et déjà souligner qu’Alinghi, auquel la presse suisse donne le beau rôle, a tout de même perdu la plupart des manches juridiques. Le fait qu’Ernesto Bertarelli se vante de prendre lui-même la barre de son bateau, contrairement à son rival Larry Ellison, n’est pas forcément à son honneur. Certains spécialistes auraient préféré qu’il laisse la main à des navigateurs plus performants que lui, même s’il est vrai que le Genevois peut se targuer d’une expérience loin d’être négligeable. Vaincre à la barre le ferait cependant carrément entrer dans la légende.
Réactualiser le règlement?
Faudrait-il transformer l’actuel Deed of Gift, datant de 1887, en un règlement moderne? Ce texte poussiéreux laisse place à d’innombrables interprétations En gagnant la coupe pour la deuxième fois en 2007, Alinghi obtenait le droit d’organiser l’édition suivante en édictant le protocole avec le Challenger of Record. A condition de s’entendre, ils auraient pu modifier certaines règles, comme le nombre de régates. Or les désaccords entre les deux camps ont engendré le feuilleton que l’on connaît. Si cette lutte entre milliardaires a fait rêver certains, elle en a écœure bien d’autres. Jacques Taglang, historien de la Coupe de l’America, rappelle cependant dans Le Matin de lundi dernier que «ce soap opera permet à l’épreuve de conserver son côté légendaire.» Même une jeune sportive comme la barreuse vaudoise Emmanuelle Rol, qui a participé aux Jeux olympiques d’été 2008 à Pékin, ne souhaite pas un règlement plus moderne. «Ce serait dommage. Le Deed of Gift fait partie du charme de cette compétition.» Rien n’a vraiment entamé son intérêt pour la course. «Peu importe ce qui se passe avant le moment du départ, ou si les concurrents sont richissimes ou pas. Je me réjouis de découvrir jusqu’où les marins pourront pousser le catamaran d’Alinghi et le trimaran d’Oracle.» Emmanuelle Rol est certaine que le grand public pense comme elle. «Il est impatient de voir les deux adversaires s’affronter sur l’eau.» A vérifier dès lundi.
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