
Faut-il réintroduire l'ours en Suisse? Participez à notre débat.
Que Boucle d’or ne s’éloigne pas trop du sentier. L’ours pourrait prochainement faire son retour en Suisse. Il n’est en effet pas loin de la frontière. Plusieurs jeunes mâles en âge de partir à la découverte du monde se trouvent dans les toutes proches Alpes italiennes. Une dizaine d’ours de Slovénie avaient été lâchés en Italie il y a dix ans pour juguler les risques d’extinction. Deux spécimens ont déjà traversé la frontière ces dernières années.
La présence de l’ours brun en Helvétie n’enchante pas particulièrement nos internautes, divisés sur la question. Mais selon un sondage du WWF rendu public au début de la semaine, 85% des Suisses sont favorables au retour naturel de l’ours. Optimisme raisonné ou inconscience de l’homme moderne, déconnecté de la nature? Au début du XXe siècle, c’est à coups de fusil qu’on avait fait disparaître le plantigrade. Lequel occupait encore tout l’arc alpin cent ans auparavant. «L’ours est désormais un animal protégé, nous devons donc tenter de cohabiter avec lui s’il revient», estime Mario Theus, biologiste du Kora (Projets de recherches pour la conservation et la gestion des carnivores en Suisse). La Confédération ne prévoit cependant pas de le réintroduire dans le pays de façon volontaire. Elle a toutefois élaboré un «Plan ours» pour préparer son arrivée naturelle après la venue de l’ours Lumpaz en Suisse en juillet 2005. Ce document détermine les conditions nécessaires à la survie et au développement du plantigrade dans nos montagnes.
Des règles pour cohabiter
Pourquoi accepter cette présence? Pour les défenseurs des animaux, l’enjeu est la protection des espèces dans leur environnement originel. Un argument réfuté notamment par le Groupement suisse pour les régions de montagne. Qui considère les Alpes comme un espace de vie où l’homme, qui y exerce nombre d’activités économiques, est désormais prioritaire.
Mais d’abord… dangereux ou pas dangereux, l’ours? Pour Pro Natura et le WWF notamment, un comportement adapté de l’homme permet de limiter suffisamment le péril. Alors que pour d’autres, il faut au contraire éviter de faire courir le moindre risque aux promeneurs.
L’ours sauvage a en principe peur de l’homme. Face à ce dernier, il va s’enfuir. «Un accident n’est jamais exclu, avertit Mario Theus. C’est un animal bien plus fort que l’homme et qui court plus vite!» Le code de conduite dans un périmètre où un ours pourrait être présent est plutôt simple. A condition de garder son calme face à un animal qui pèse quelque 300 kilos.
Croqueur de moutons
L’ours est à 75% végétarien. Il se nourrit volontiers de cadavres au printemps, mais ne chasse pas le gibier. Les moutons, proies faciles, font pourtant parfois les frais de sa gourmandise. Tout comme les ruchers. Des enclos électrifiés suffiraient à décourager le plantigrade. C’est surtout s’il perd sa crainte naturelle de l’homme que l’ours représente un danger. Ce fut le cas de JJ3, abattu il y a un an aux Grisons. Le dévergondé avait fait plusieurs incursions dans des villages, à la recherche de subsistance. Comment éviter que l’animal sauvage ne soit attiré par la nourriture de l’homme? «Utiliser des containers spéciaux que les ours ne peuvent ouvrir», indique Mario Theus. Encore faut-il que tout le monde joue le jeu.
Et l’argent dans tout ça? L’étude et l’accompagnement de JJ3 avaient coûté 300 000 francs. Une somme que d’aucuns jugent élevée. «Cette expérience nous sera utile si d’autres ours investissent nos montagnes. La note sera du même coup moins importante», tempère Mario Theus. L’attractivité touristique du volumineux animal pourrait même générer des revenus. Mais s’en approcher risque de lui faire perdre sa crainte de l’homme. Et un tête-à-tête reste dangereux. Sauf devant la fosse aux ours de Berne.
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J'aime les ours, les loups, les sangliers et les vipères !
Tiens voilà une bonne idée que celle des amis des bêtes que d’implanter un ours brun dans nos montagnes.
En échange je propose à nos urbains de les rapprocher de la nature en mettant à leur disposition des loups, des sangliers, des vipères, bestioles extrêmement agréables et pacifiques-
Imaginez-vous le Parc de la Grange et celui des Eaux-Vives peuplé de sangliers ? Quelle belle image pour Pro Natura et le WWF.
Les vipères orneraient fort bien l’horloge fleurie et les loups seraient à l’aise au bois de la Bâtie, non ?
L'ours revient naturellement, saurons-nous le tolérer ?
L'ours brun est protégé en Suisse et internationalement. Il n'est pas réintroduit, mais revient naturellement dans notre pays. Pour ces deux raisons, son retour dans le futur doit être accepté, car la question ne se pose pas vraiment. Par contre, il faut se demander « sommes-nous prêts à surmonter nos peurs du passé ? ». Nous savons aujourd'hui que l'ours n'est pas dangereux. Il y a suffisamment de place dans certaines régions de Suisse pour qu'il habite sans problème (ce que la présence de MJ4 en 2007 a démontré). Des bases modernes permettant de gérer si nécessaire des cas limites sont en place (comme le sort de JJ3 l'a démontré). La présence de l'ours est un atout touristique certain, le canton des Grisons l'a bien compris. Finalement que reste-t-il ? Nos peurs qui font sourire les habitants des régions où l'ours est présent. Accepter la cohabitation avec l'ours est une épreuve pour les Suisses. Une épreuve qui montrera s'ils sont prêts à une protection de la biodiversité moderne et raisonnée, ou au contraire s'ils restent bloqués sur les vieux clichés. La biodiversité suisse va mal, plus mal que dans le reste de l'Europe. Saurons-nous laisser à nos enfants et leurs descendants des ours plus réels que les peluches qui les aide à s'endormir ?
Nicolas Wüthrich, Pro Natura