
«La liberté est à l’âme ce que l’oxygène est au corps. » En direct, hier soir, au téléjournal de la chaîne française TF1, Ingrid Betancourt a réclamé que tout soit fait pour que les 22 otages qui restent encore détenus par les Forces révolutionnaires armées en Colombie (FARC) soient enfin libérés. Cette intervention télévisée survient un an, jour pour jour, après la libération d’Ingrid Betancourt et de quatorze autres otages par les troupes régulières du gouvernement de Bogotá. L’ancienne candidate écologiste aux élections colombiennes était restée pendant près de sept ans dans les griffes des FARC.
Suisses remerciés
Après avoir réitéré ses remerciements «aux soldats qui ont risqué leur vie pour nous sauver», aux émissaires français et suisses, aux présidents Uribe, Sarkozy et Chavez, de même qu’à son ancien professeur à Sciences-po de Paris, Dominique de Villepin, et à Jacques Chirac, Ingrid Betancourt s’est exprimée à propos des critiques dont elle a été l’objet de la part de ses anciens compagnons d’infortune (lire aussi ci-contre).
«Bien sûr, j’ai été blessée par ces remarques», répond Ingrid Betancourt à la présentatrice Laurence Ferrari. Elle poursuit: «D’autant plus qu’elles venaient de mes compagnons, de mes frères qui font maintenant partie de ma famille. Nous tous, nous allons nous élever au-dessus de tout ce qui s’est passé dans la jungle. Les conditions de notre captivité ont fait qu’il y a eu une accumulation de petites choses qui ont provoqué des tensions. Nous étions des écorchés vifs, victimes des tortures et des humiliations que nous infligeaient les gardes des FARC.
Mais pour moi aujourd’hui, je conserve de tous mes compagnons une image de beauté et de noblesse. » Actuellement, Ingrid Betancourt vit quelque part aux Etats-Unis. Dans une «solitude nécessaire», elle écrit un livre sur sa captivité qui sera publié au début de 2010. Elle a également annoncé qu’elle va collaborer étroitement «et à tous les niveaux» au film que Hollywood s’apprête de tourner sur son calvaire: «Ce projet me tient à cœur. Il faut que les gens comprennent ce que signifie être privé de liberté. »
De l’adulation au dénigrement
Pendant ses 2320 jours de captivité par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Ingrid Betancourt a reçu l’aide opiniâtre des siens. Son ancien mari le diplomate français Fabrice Delloye, s’est montré particulièrement actif. Au plus haut niveau, mais aussi «à la base», parmi les membres des comités de soutien, des réseaux ont diffusé mondialement l’image d’Ingrid Betancourt, devenue icône.
Cette présence médiatique pendant plus de six ans a préparé l’engouement spectaculaire qui a accueilli sa libération, le 2 juillet 2008. Ingrid Betancourt a connu alors un semestre d’adulation. Puis, les premières accusations sont tombées régulièrement, infligeant de sévères coups de canif à l’icône qui a traversé un second semestre, marqué par le dénigrement.
4 juillet 2008. Deux jours après sa libération en Colombie, la Franco-Colombienne rejoint Paris. Elle est emportée par un tourbillon de gloire et un raz-de-marée médiatique. Le jour de la Fête nationale française, le président Sarkozy la décore de la Légion d’honneur. Auparavant, elle avait été reçue solennellement par le Sénat et l’Assemblée nationale.
13 juillet 2008. Ingrid Betancourt se rend à Lourdes, la célèbre ville de pèlerinage, pour y clamer sa foi catholique.
1er septembre 2008. La phase positive qui la porte parvient à son apogée. Ingrid Betancourt est reçue par le pape Benoît XVI dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo.
26 février 2009. Les premières critiques négatives apparaissent. Trois de ses anciens compagnons de captivité – Marc Gonsalves, Tom Howes et Keith Stansell – publient un livre, Out ofCaptivity. Ils y dévoilent des traits de caractère d’Ingrid Betancourt peu sympathiques: égoïsme, arrogance, orgueil. Du moins est-ce là leur vision.
5 mars 2009. L’un des émissaires auprès des FARC, l’ancien diplomate français Noël Saez, avait pris des risques pour aider à la libération de Mme Betancourt, avec notre compatriote Jean-Pierre Gontard. Saez donne une interview au Parisien où il dénonce «l’ingratitude» de la Franco-Colombienne.
Début avril 2009. Les médias apprennent qu’Ingrid Betancourt a déposé à mi-janvier une demande pour divorcer d’avec son second mari, Juan Carlos Lecompte. Dans une interview à El Mundo, il souligne lui aussi «l’ingratitude» de sa femme.
6 avril 2009. Enlevée en même temps qu’Ingrid Betancourt, Clara Rojas dénigre avec des mots très durs l’attitude de son ancienne amie durant leur captivité, dans une interview à El Tiempo de Bogotá. Elle la dépeint sous les traits d’«une femme mesquine».
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