
Même si cela choque la moitié de la population genevoise, elle aura sa place au cimetière des Rois où ses cendres seront déposées le 9 mars, rejoignant ainsi les grands de la République genevoise. Aura-t-elle un jour une rue à son nom celle qui, sur la porte de son appartement genevois, avait écrit: «Madame Grisélidis Réal, écrivain, peintre, prostituée.»?
La France l'adore
Contestée à Genève, la France a adopté depuis longtemps cette figure singulière, à la fois artiste et militante, prostituée et libre de toute influence. Les féministes pragmatiques, dans la mouvance de Virginie Despentes, en ont même fait leur icône. La courtisane figure d'ailleurs en bonne place de «14 Femmes», leur manifeste paru en 2007 chez Gallimard.
Prendre les devants
Pour ces filles nées après 1970, seuls comptent l'action et la responsabilité. Libérales, au sens où l'individu prime sur le corps social, elles disent «je» et refusent d'accabler le destin. Leurs ennemis? Les discours, les théories désincarnées, la pensée victimaire, le politiquement correct et la morale culpabilisatrice. Leur credo? «Prendre les devants, m'affranchir, parfois échouer, toujours exister.»
Je vis, et merde au reste
Courtisane révolutionnaire, femme entière ("femme et mère et pute"), Grisélidis Réal est la parfaite incarnation de ce nouveau courant. D'elle, Yamina Benahmed Daho, une des signataires, écrit: «J'ai choisi le camp de Grisélidis Réal: le camp de l'existence, celui qui accepte les coups et les joies, celui qui assume la fatigue et l'usure, celui qui lutte et qui donne des forces. Je VIS, et merde au reste.»
Avec Eva Joly et Catherine Ringer
Dans le même ouvrage, on trouve treize autres portraits de femmes, célèbres ou inconnues, que le collectif revendique comme modèles: la plasticienne Annette Messager, la philosophe iconoclaste Marcela Iacub, la comique Julie Ferrier, l'écologiste Dominique Voynet, la juge Eva Joly, la chanteuse Catherine Ringer des Rita Mitsouko et, bien sûr, Virginie Despentes, auteure d'un essai autobiographique remarquable: «King Kong Theory».
«14 Femmes. Pour un féminisme pragmatique», de Gaëlle Bantegnie, Yamina Benahmed Daho, Joy Sorman et Stéphanie Vincent. Ed. Gallimard.
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Griselidis on t'aime
Griselidis a ouvert la voie.
Je suis travailleuse du sexe et c'est grace a des gens comme elle qu'existe un mouvement des travailleurs du sexe au niveau mondial qui porte des revendications politiques et d'acces aux droits.
Tu nous manques.
On oublie toujours la prostitution mentale !
Prêter son cerveau uniquement contre rétribution, c. à d. sans avoir au départ aucun désir personnel de l'activer dans la perspective imposée par le patron payeur et exploiteur, comment cela s'appelle-t-il ?
La différence entre prêter son sexe pendant quelques minutes, voire heures par mois et louer son cerveau pendant 40 ans (si on a de la chance), est-ce la même chose ? !
En plus, le fait d’accepter de fabriquer ou confectionner des articles, des matériaux, que l’on sait parfois de mauvaise qualité ou toxiques ou dangereux (v. tous les articles superfétatoires, voire inutiles, qui alimentant la société de consommation, etc.) pour un salaire, donc pour de l’argent, devrait faire réfléchir tous les salarié(e)s et changer leurs hâtifs jugements ….
grisédilis
La polémique autour de la prostitution me paraît complètement à côté de la plaque. Si, comme le voulait Madame Réal (quel beau nom XiXe siècle),la prostitution devenait un métier à part entière (avec impôts, citoyenneté, indépendance financière) il ne serait plus nimbé de honte, de malédiction et frappé d'interdit. Il n'y aurait plus non plus de filière clandestine. A l'heure où on nous bassine avec les sex toys, considérer encore qu'une prostituée est un métier honteux est assez choquant. Il ne l'est qu'exercé dans des conditions d'esclavage - ce qui hélas est encore si souvent le cas. Moi, ce qui me choque, c'est la différence de traitement: à 50 francs la passe, c'est une pute, à 6000 francs la nuit une call girl.
puritains hypocrites
Deux réflexions.
La première: Que ceux qui s'offusquent de la présence de cette dame au cimetière des Rois se renseignent... pour savoir combien des "personnalités respectueuses" qui y sont enterrées ont fait appel aux services de prostituées dans leur vie.
2: Ne confondons pas tout. Dans la prostitution les personnes condamnables sont les maquereaux etc, ceux qui profitent et abusent de la misère humaine et des femmes en particulier. Pas les prostituées assumées et libres comme mme Réal.