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Google numérise. Une page qui se tourne pour les bibliothèques?

Débat | 16:30  La bibliothèque universitaire de Lausanne a conclu un accord avec la firme américaine. Le débat sur la diffusion et les droits d’auteur gagne le pays.






Chantal Savioz | 25-09-2009 | 16:30

L’offensive de Google sur les bastions du savoir a gagné la Suisse. La bibliothèque universitaire de Lausanne a, la première, cédé une partie de sa collection à la firme américaine. 100 000 ouvrages sont en train d’être scannés, page par page, et référencés. Cette numérisation représente un investissement de 15 millions de francs. Les ouvrages devraient être sous peu inclus dans le moteur de recherche spécialisé qu’est «Google recherche livres», et accessibles au monde entier.
La bibliothèque vaudoise a rejoint le club très sélect comprenant une trentaine parmi les plus grandes institutions américaines, ainsi que 7 bibliothèques universitaires européennes (dont celle d’Oxford, de Stanford, de Lyon et de Madrid). Pour Google, il ne s’agit rien de moins que de rendre accessible à tous des documents exceptionnels.
Discours évangélique
«Nous croyons qu’en donnant aux gens la possibilité de partager et de rechercher des informations peut contribuer à briser les barrières communautaires», fait savoir Matthias Meyer, porte-parole de Google Suisse. Un discours quasi évangélique, que l’on est en droit de s’attendre de la part d’un ministre de la culture. Mais qui sonne étrangement dans la bouche d’un porte-parole d’une entreprise privée.
Le patrimoine mondial entre les mains d’un moteur de recherche? Et pour quel usage intellectuel ou économique? La situation de monopole de Google interroge en effet toute la branche du livre. La question des droits d’auteur est évidemment centrale. La firme se trouve dans le collimateur de la justice, tant en France qu’Aux Etats-Unis, où elle devrait prévoir un nouvel arrangement et comparaître le 6 novembre prochain.
Malgré cette vague juridico-médiatique, la directrice de la bibliothèque universitaire de Lausanne refuse de voire en Google le méchant dévoreur de livres. Et les bibliothèques ne sont pas encore prêtes à mettre la clé sous le paillasson: «Nous n’avons jamais eu autant de public», estime Jeannette Frey, tout en reconnaissant que l’avènement du numérique a apporté depuis 25 ans des bouleversements considérables dans la pratique du métier.
Jeannette Frey souligne que les livres «cédés» à Google sont tous exemptés de droit d’auteur. (ceux-ci tombent 70 ans après la mort de l’auteur). «Ils sont scannés par l’entreprise et nous reviennent. Nous conservons à la bibliothèque les fichiers numérisés». Ce dernier point apparaît essentiel. «Chaque contrat doit être dûment négocié. Le nôtre prévoit que la bibliothèque - et donc l’Etat - reste en possession d’une des deux copies du document numérisé».
Le nerf de la guerre

La question de l’argent demeure l’élément clef. «Google a payé 15 millions pour le scannage de moins de 5% de notre collection», calcule Jeannette Frey. «Numériser l’ensemble de nos collections nous coûterait des centaines de millions. Quel Etat peut aujourd’hui débourser pareille somme?»
Un certain pragmatisme est donc en train de prendre le dessus. Et pas uniquement à Lausanne. La Bibliothèque nationale de France, après avoir été contre, est actuellement en discussion avec Google pour numériser son fonds.
A Genève, Véronique Hadengue-Dezael, directrice de l’information scientifique, n’exclut pas non plus un partenariat privé-public. «La bibliothèque doit rester maîtresse de son patrimoine. La firme ne devrait pas devenir propriétaire des fichiers numériques de documents payés par les fonds publics. Mais peut-être seulement être au bénéfice d’un droit d’exploitation limité dans le temps?»
A l’Office fédéral de la culture, on dit ignorer les détails du contenu de l’accord entre l’institution vaudoise et Google.
«Non! les bibliothèques ne vont pas disparaître!». Le directeur Jean-Frédéric Jauslin se montre rassurant. «La numérisation de l’écrit est pour l’heure un chantier mouvant. Trouver des partenaires privés, c’est bien. Mais il faut que les règles du jeu soient précises. C’est le rôle de l’Etat, in fine, de garantir l’accès démocratique au savoir.»

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