
Regard de velours, ovale parfait du visage, cheveux sombre... La beauté orientale de Golshifteh Farahani tape immédiatement dans l'oeil du réalisateur américain Ridley Scott. La jeune actrice, enfant de la balle dans un pays où ni l'art, ni la féminité ne sont revalorisés, s'envole pour le Maroc. Elle tourne aux côtés de Leonardo de Caprio dans "Mensonges d'Etat". Le film sort en 2008 avec le succès que l'on sait. La vie de Golshifteh Farahani, 24 ans, aurait pu tourner au conte de fées, version Hollywood. Mais le régime iranien a souhaité transformer le happy end en cauchemar. Des sbires attendent la jeune actrice de retour de sa tournée promotionnelle. Ils lui prennent son passeport, lui interdisant de quitter le pays. Motif? Elle est apparue tête découverte lors d'une soirée.
"La pression était constante", raconte aujourd'hui Golshifteh Farahani. "Pour ça ou pour autre chose, on me surveillait. Ma famille est aussi dans le cinéma, dans la culture. Personne n'est jamais libre en Iran. On est comme des poissons qui nageons dans les ruisseaux minuscules à côté de la rivière. On ne meurt pas, car on se débrouille pour rester dans l'eau. On sait juste que l'on est des survivants".
L'actrice qui vit en exil à Paris dit adorer son pays. Détester les frontières. Ses territoires couvrent le Moyen-Orient et une partie de l'Asie: "L'Iran, l'Afghanistan, l'Inde..... Il y a tant à dire, tant à faire... Quitter mon pays est un deuil. J'ai vécu comme beaucoup d'autres Iraniens la révolution de 2009 en ligne. Prenant des nouvelles de mes proches, suivant avec frénésie toutes les infos que l'on pouvait glâner via les réseaux... C'est dur. Surtout lorsqu'on connaît le potentiel formidable de ce pays, immense en jeune. 70 % de la population a moins de 30 ans. Ce qui représente 45 millions de personnes."
Un scénario mal ficelé
"Avant les manifestations de 2009, nous étions jeunes. Maintenant, nous sommes devenus matures. Je rêve tous les jours de pouvoir retourner et reprendre mon métier d'actrice. Mais j'ai perdu la confiance. Je ne retournerais pas en Iran sans garanties de pouvoir sortir et entrer librement ".
L'agressivité de la vie parisienne... Une Suisse qu'elle dit "adorer". Golshifteh Farahani reprend pied peu à peu. Des propositions de tournage en France, une vie à mener. Le Festival international des films sur les droits humains l'a invitée comme membre du jury. "Délibérer pour choisir et décerner un Prix, c'est difficile", explique Golshifteh Farahani. Son parcours est davantage qu'un scénario mal ficelé. Il est devenu, hélas, un symbole.
NOTE.
Festival International du film sur les droits humains (FIFDH). Du 5 au 14 mars au Grütli à Genève.
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