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Femmes et JO: les derniers mètres sont les plus difficiles

PERSPECTIVE | 06:33  L’intégration des femmes aux Jeux Olympiques s’est faite au compte-goutte. Rien que pour le marathon, il faudra attendre 1984. C’est moins la pratique de l’exercice physique qui était en cause que son exhibition.



Hassiba Boulmerka, médaille d'or du 1500m à Barcelone en 1992: l'athtlète algérienne avait été menacée de mort pour avoir couru en short (Photo AFP).
Hassiba Boulmerka, médaille d'or du 1500m à Barcelone en 1992: l'athtlète algérienne avait été menacée de mort pour avoir couru en short (Photo AFP).


Estelle Lucien | 02-08-2008 | 06:33

«Le véritable héros olympique est à mes yeux l’adulte mâle, individuel.» Ces propos sont peut-être d’un autre âge, mais ce sont ceux d’un homme largement célébré et cité à moins de sept jours de l’ouverture de la XXIXe olympiade à Pékin. Ce sont les mots de Pierre de Coubertin. En réinventant les jeux olympiques modernes, il en avait exclu les femmes. Enfin…pas tout à fait.

 

Embrasser les vainqueurs

«Leur rôle devrait être surtout, comme aux anciens tournois, de couronner les vainqueurs», précisait-il à la radio, le 4 août 1935. Distribuer les bouquets, embrasser les joues humides des champions, voilà le rôle dont devait se contenter le sexe beau, mais trop faible pour galoper sur la cendrée. La règle ne tint que le temps de la première édition, en 1896.

 

Dès la deuxième salve, en 1900 à Paris, quelques sportives, 22 contre 975 sportifs, accèdent à la compétition. Dès le début, la Suisse est dans le coup et enlève la première médaille olympique féminine, conquise par Hélène de Pourtalès, en voile, dans la catégorie des bateaux de un à deux tonneaux!

 

45% à Pékin

 

Un siècle après, le nombre des femmes concourant sous la bannière des cinq anneaux n’atteint toujours par l’égalité. Mais elle s’en approche. Plus de 45% de compétitrices sont attendues Pékin.

 

 

En 1904, la participation féminine n’était même pas de 1%. Côté épreuves, la parité non plus n’est pas encore d’actualité, avec 127 concours féminins contre 165 pour les hommes et 10 mixtes. Sans parler des neufs pays, dont six musulmans, qui n’ont envoyé que des «héros mâles» à la grand-messe chinoise.

Mais aucun champion, ni même championne, ne l’ignore: c’est dans les derniers mètres et les ultimes secondes que les grandes épreuves se gagnent. Ce dernier effort est aussi le plus difficile, surtout lorsque la course a été longue autant que discrète.

 

Car qui se souvient de ce combat de l’ombre, à l’arrière des grandes batailles féministes qu’ont été la contraception ou le droit de vote? En regard de ces questions existentielles pour l’émancipation féminine, quelle place a tenu le sport? On se souvient de la loi Veil, du Deuxième Sexe de Beauvoir, mais qui connait Alice Milliat?

 

 

Cette championne d’aviron a affronté, en son temps, les pontes arrogants des fédérations olympiques, héritiers du père Coubertin, misogynes et machistes. Alice Milliat, fondatrice de la Fédération sportive féminine internationale, en 1921, fut l’initiatrice des Jeux olympiques féminins dont quatre éditions se sont tenues - à Paris (1922) à Göteborg (1926) à Prague (1930) et enfin à Londres (1934) - avant d’être sabordés par la Fédération internationale d’athlétisme, qui voyait d’un mauvais oeil ces poussées d’indépendance.

 

Sentant le pouvoir sur ces audacieuses leur échapper, la FIA, ancêtre du Comité international olympique, a mis le holà. En intégrant en 1936 le sport féminin à sa structure, la FIA le reprenait sous son joug.

 

Première mesure prise? La suppression des cinquièmes Jeux féminins prévus en 1938 à Vienne. En contre-partie, on promit une participation féminine de plus en plus importante aux épreuves olympiques officielles. L’intégration s’est faite au compte-goutte. Rien que pour le marathon, il faudra attendre 1984.

Menacée de mort

C’est moins la pratique de l’exercice physique qui était en cause que son exhibition. Pierre de Coubertin lui-même encourageait les femmes à l’activité, «...mais sans se donner en spectacle». «Un long atavisme a en effet conduit à considérer comme immoral tout costume féminin qui ne masquait pas entièrement le corps de la femme à l’exception des mains et du visage», pouvait-on lire dans l’Echo des sports en 1920.

 

Pour avoir couru en short, l’Algérienne Hassiba Boulmerka, médaille d’or du 1500m à Barcelone (1992) avait reçu des menaces de mort. En 2008, la question de la décence s’invite derechef sur les gradins olympiques.

 

Une Iranienne, championne de taekwendo, a reçu l’autorisation du CIO de combattre voilée. Le comité était face à un dilemme: respecter l’article 51 de sa chartre qui proscrit toute sorte de démonstration politique, religieuse ou raciale, ou confirmer sa volonté de promouvoir le sport féminin. Il a choisit la femme.


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