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Ne partons pas fâchés, s’intitule la chronique d’Isabelle Falconnier. C’est raté, du moins en ce qui concerne son texte paru le 1er septembre dans l’Hebdo, magazine dont elle est la rédactrice en chef adjointe. Le billet d’humeur n’en finit plus de susciter des réactions. Celle des Quotidiennes, à lire ci-dessous, et notamment celle de la linguiste Stéphanie Pahud, auteure du Petit traité de désobéissance féministe. Les deux femmes ont croisé le fer à ce sujet lundi sur les ondes de la RSR.
Il faut dire que la journaliste, qui occupe également depuis peu le poste de directrice du Salon du Livre de Genève, ne fait pas dans la dentelle. Dans «l’affaire DSK», estime-t-elle, l’opinion publique a trop rapidement fait de la plaignante africaine une victime. «Nafissatou a été violée peut-être, traitée sans égards en tous les cas. Nous partons du principe que c’est forcément grave. C’est curieux. Pourquoi ne s’en remettrait-elle pas? Pourquoi fait-on davantage cas des agressions sexuelles que de toute autre forme d’agression ou de mutilation ? Je ne suis pas mon corps. Mon corps ne me résume pas. (…) Un vagin n’est qu’un vagin.»
Provocation journalistico-journalistique, véritable ras-le-bol face à de supposées fausses victimes ou banalisation des agressions sexuelles envers les femmes ? Les interprétations divergent. Mais le texte ne laisse pas indifférent. En particulier Christophe Dubrit, chef de service du centre Lavi du canton de Vaud (centre d’aide aux victimes). Interview.
Que pensez-vous de l’idée selon laquelle les femmes ayant subi une d’agressions sexuelles ne seraient pas des victimes, dans la mesure où il leur est possible de s’en remettre ?
Une agression dont on se remet ne ferait pas de victime. C’est une vision intéressante de la justice. Faut-il enlever les agressions sexuelles du code pénal? On pourrait étendre cette idée aux agressions au couteau, par exemple, les plaies se recousent ! Mon expérience professionnelle me permet de dire qu’un viol marque une personne à vie. Une victime qui se remet d’une agression n’en reste pas moins victime de cet acte.
- Quelle influence peut avoir ce genre de commentaires sur les personnes ayant subi une agression sexuelle ?
- Nous savons qu’à peine 10% des situations de viol ou de contrainte sexuelle sont dénoncées. Ce genre de prise de position peut décourager les victimes de parler de ce qui s’est passé. La reconnaissance du statut de victime est la base sur laquelle la personne agressée peut se reconstruire, car ce statut montre que l’acte commis n’est pas acceptable. C'est un premier pas pour sortir d'une position de victime. Enterrer cet évènement dans un coin de l’esprit n’est pas une solution mais un réflexe de survie. Ces problèmes ressortent plus tard et marquent le parcourt de vie. De plus, quelle vision ce raisonnement donne-t-il de la société? Un acte sexuel doit être librement consenti dans ou hors du mariage. Nous ne sommes plus au Moyen-âge.
- Trouvez-vous effectivement que l’on fait davantage cas des agressions sexuelles que des autres types d’agressions ?
- Presque 50% des victimes dont s’occupe le centre Lavi sont touchées par la violence conjugale et domestique. On ne parle pas davantage des agressions sexuelles que des autres types de violence, notamment urbaines. L’affaire DSK, sur laquelle je ne veux pas me prononcer, fait qu’on en a beaucoup parlé ces derniers temps. Mais mal. On a mélangé la situation avec certains fantasmes, l’opposition riches-pauvres, etc. On peut difficilement se faire une idée de la problématique des agressions sexuelles au travers de cette affaire.
- Le fait que ce billet ait été écrit par une femme vous surprend-il ?
- Nous avons tous baigné dans une éducation judéo- chrétienne patriarcale, y compris les femmes. Cela ne me surprend donc pas beaucoup. En revanche, ce texte, signé par un homme, n'aurait peut-être pas passé l'écueil d'une rédaction. Je pense que tout journaliste qui le relirait à froid déciderait de ne pas le publier. La plume de l’auteure, dont j’ai déjà pu apprécier d’autres écrits, a dû glisser. Cela peut arriver même aux rédactrices en chef adjointes.













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