
Les bras croisés, elle suit d’un œil distrait ce qui se passe sur la glace. Pour Annick Cardinaux, infirmière de formation et masseuse au LHC depuis l’été 2008, les entraînements sont presque ses seuls moments de tranquillité. Car, une fois la pratique quotidienne terminée, les joueurs ne se privent pas de la solliciter. «A l’approche des play-off, sourit la Combière, les demandeurs sont de plus en plus nombreux. Avec Raphaël Brunisso, mon irremplaçable collègue et complice, nous essayons d’être aux petits soins pour eux durant cette période où règne une ambiance particulière dans le vestiaire.»
Inutile de lui poser la question. On voit dans le regard d’Annick Cardinaux qu’elle se sent à l’aise dans ce milieu d’hommes qu’est le hockey en général, et le LHC en particulier. Avant son arrivée à Malley, il y a 18 mois, jamais une femme n’avait fréquenté les vestiaires. «En ce qui me concerne, je n’aime pas du tout m’occuper des femmes! Avec les mecs, la relation est plus franche, directe. En gros, j’ai une bien meilleure affinité avec eux.»
Un don au bout des doigts
Une estime que ses patients hockeyeurs lui rendent bien. «Il lui faut trente secondes pour poser ses doigts où tu aimerais justement qu’elle ne les pose pas», résume Julien Staudenmann. Car celle qui est également rebouteuse à la vallée de Joux, là où elle vit depuis toujours, est bien connue pour avoir une sensibilité particulière au bout des doigts. «Grâce à un petit don, précise-t-elle, j’arrive à déceler assez rapidement ce qui ne fonctionne pas. Mais, malgré mes connaissances médicales, je ne fais pas de manipulations. Je laisse cela aux spécialistes.»
Une saine prudence que lui ont enseignée treize années passées à s’occuper de footballeurs, de handballeurs, de hockeyeurs et… d’animaux. «Depuis que je suis à Malley, je n’en ai plus le temps. Mais, en tant qu’ostéopathe vétérinaire, on a longtemps fait appel à moi, à la Vallée, pour soigner des vaches, des taureaux ou des cochons qui boitaient. C’est pourquoi, après avoir dû maîtriser des bêtes de 120 kilos, je ne peux pas avoir peur d’un hockeyeur, si balaise soit-il», ajoute-t-elle dans un éclat de rire.
Plus que la simple masseuse et soigneuse de l’équipe, Annick Cardinaux se sent membre à part entière du groupe. «Durant la saison régulière, explique cette maman d’une adolescente de 16 ans, nous intervenons en alternance avec Raphaël pour qu’une personne soit constamment présente. Et après quelques jours passés sans voir les joueurs, leur présence commence déjà à me manquer. Ils me font sentir, par leur gentillesse et la confiance qu’ils me témoignent, que je fais partie de l’équipe. Et de mon côté, c’est avec plaisir que je leur donne toute mon énergie et que j’aborde sans problème tous les sujets avec eux. Personne ne peut l’imaginer, mais la préparation d’un match important commence parfois sur la table de massage.»
Dotée d’une forte personnalité et d’une grande ouverture d’esprit – deux qualités indispensables – Annick Cardinaux n’échangerait son job pour rien au monde. «Le LHC est un milieu d’hommes, mais pas de machos! Et même si ça reste un groupe de mecs, avec tout ce que cela signifie, j’ai beaucoup plus de plaisir à les côtoyer que j’en avais avec les footballeurs, par exemple. Tout me semble être tellement plus sain dans le monde du hockey sur glace.»
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