
Elle pourrait couler une retraite paisible depuis une bonne quinzaine d’années déjà, en compagnie de ses deux enfants et quatre petits-enfants. Mais elle préfère occuper le devant de la scène, encore et toujours. A 81 ans, Docteur Ruth connaît un succès plus durable qu’une star du show-biz. Cette semaine, la fameuse sexologue était invitée au 21e Congrès international de la santé sexuelle à Göteborg, qui a réuni scientifiques et journalistes du monde entier.
Elle pointe ses interlocuteurs du doigt
Son show est rôdé. Il faut dire qu’elle doit sa célébrité à ses émissions radio et ses apparitions TV diffusées aux Etats-Unis au début des années 1980. Pas besoin de lifting, puisque c’est son style de «grand-maman gâteau qui parle de sexe» qui fait mouche. C’est bien pour cela que l’entreprise pharmaceutique Bayer lui offre une place de choix lors d’une conférence sur les dysfonctions érectiles.
Son fauteuil orange est au centre. A sa gauche comme à sa droite, des scientifiques renommés. Mais ce ne sont pourtant pas eux les vedettes. Jouant son rôle de mamy à la perfection dans sa blouse veillotte, Docteur Ruth a fait placer un petit tabouret pour y poser ses pieds. C'est qu’autrement, ils ne toucheraient pas terre. La sexologue mesure à peine plus qu’un mètre quarante.
Docteur Ruth gigote, rit. Sourit aux photographes. Pointe ses interlocuteurs du doigt. S’empare impétueusement du micro sans attendre son tour. Saisit toutes les occasions pour placer un bon mot. Au modérateur, elle lance: «Lorsque vous dites le mot sexe, je veux voir un sourire sur votre visage!» Et ça marche. L’assistance sourit. Car c’est par l’humour et la dédramatisation que la sexologue est toujours parvenue à aborder tous les sujets, même les plus gênants. «Ceux qui pensent qu’il est normal de ne plus pouvoir avoir de relations sexuelles à cause de l’âge sont sexuellement illettrés.» Et encore: «Aucun sex-toy ne pourra remplacer un pénis. Mais aucun pénis ne pourra jamais remplacer un sex-toy!» Eclats de rire.
Un air de déjà vu
Certains de ses gags commencent pourtant à avoir un petit goût de déjà vu. Et dans les couloirs, des chercheurs venus assister à la semaine de congrès lèvent les yeux au ciel. Ils rendent certes hommage à ses qualités de communicatrice. Mais la communauté scientifique semble ne plus la considérer aujourd’hui comme une référence.
Qu’importe. Elle, c’est le grand public qui l’intéresse. Celui qui achète ses best-sellers, comme «Le sexe pour les nuls», vendu à plus de 300'000 exemplaires au Etats-Unis et traduit en 23 langues. Directe, mais jamais provocatrice, elle met davantage en avant la qualité de la relation que la performance. «Je suis vieux jeu. Je crois à la famille et au mariage.» Celle à qui on a passé trois fois la bague au doigt parle d’expérience. «Mon troisième mariage a duré 37 ans», souligne-t-elle. C’est de son dernier mari, un Américain décédé en 1997, qu’elle porte le nom à la ville, Westheimer. Mais bien avant cela existait une petite fille juive nommée Ruth Siegel, née à Francfort. Sur son enfance en Allemagne, elle se confie peu. Elle préfère parler de la Suisse, où ses parents l’ont envoyée alors qu’elle avait tout juste 10 ans. Toute sa famille a péri en déportation.
Le destin de cette petite réfugiée ne manque pas d’interpeller. A 17 ans, elle s’engage dans l’armée secrète juive en Israël. Excellent sniper, une grave blessure met cependant fin à son aventure militaire. Elle étudie à la Sorbonne, puis émigre aux Etats-Unis, où elle obtient un doctorat en éducation. Son activité auprès du planning familial la pousse à s’intéresser à la sexualité. Des décennies plus tard, sa passion pour le sujet est intacte. «Il y a toujours des choses à apprendre», lance-t-elle malicieusement.
Elle chante en suisse allemand
Le show est terminé. Dr Ruth nous accorde encore quelques minutes. Elle parle droit dans les yeux. «Si je n’avais pas été accueillie par votre pays en 1939, je ne serais plus en vie», insiste-t-elle en prenant la soussignée fermement par le bras. On imagine l’octogénaire pressée de retourner chez elle à New York pour se reposer. C’est mal la connaître.
A son agenda figure un repas de gala le soir même. Le lendemain matin, elle se laisse encore une fois photographier par les clients de son hôtel dans la salle du petit-déjeuner, tout sourire, brushing impeccable. Et elle n’est pas près de rentrer à la maison. Elle a un billet d’avion pour la Suisse. Ce week-end, les chanceux peuvent l'apercevoir se balader sur les sentiers de Grindelwald. «J’y vais chaque année, j’adore», lance-t-elle dans un grand éclat de rire. Avant d’entonner une chanson en suisse allemand.
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J'aurais adoré discuter
J'aurais adoré discuter avec elle ! Elle est excellente cette femme !
@28 juin 2009 7:19, on ne cherche pas à savoir si elle donne envie. Je suis catastrophée de lire ça.
Si elle était là, elle saurait vous répondre et vous remettre à votre place !
c'est quoi ce commentaire de
c'est quoi ce commentaire de nase? c'est une sexologue! elle est pas là pour faire envie! mais je rêve.
Je ne l'ai vue qu'une fois
Je ne l'ai vue qu'une fois de près, à Lausanne, en petit cercle, il y a 15 ans. Croyez-moi, malgré ses bons conseils, petite américaine grasouillette, elle ne donnait pas envie de faire crack-crack.