Simone Weil la trolesse

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Simone Weil, la trolesse. C'est ainsi que ses parents l'appelaient, elle qui est tombée dans un puits noir de l'histoire et qui est honorée, enfin, par le biais de son centenaire.

 

Elle c'est Simone Weil morte en plein élan à l'âge de trente quatre ans à Londres. Elle la philosophe, elle la résistante, elle l'engagée syndicaliste révolutionnaire, elle la première établie qui rentra en usine pour comprendre ce que voulait dire travailler en usine. Elle l'intellectuelle qui pour comprendre a toujours mis sa vie en risque. Sur elle enfin paraissent de nombreuses publications. Touchons du bois pour qu'elles permettent de sortir de l'oubli cette personnalité exceptionnelle dont les écrits, tous disponibles en livre de poche, permettent de mieux comprendre nos lendemains qui déchantent et d'envisager l'avenir avec acuité, audace et lucidité aveuglante.

 



Parmi toutes les publications rendant hommage aux différentes facettes de son oeuvre, il est un bijou, un livre bouleversant de tendresse, de poésie et de grâce qui nous permet d'entrer dans l'atmosphère, dans le mood comme on dit en Amérique où vivait Simone.

 

Ce livre, une autobiographie écrite avec des accents à la Woody Allen est signé par Sylvie Weil, la nièce de Simone, la fille du frère de Simone, André, le grand frère de Simone, génie lui aussi mais section mathématiques. Chez les Weil raconte donc comment il est difficile, voire douloureux, d'avoir une tante morte quand on avait un an, une tante qui après sa mort sera considérée comme un génie par toutes sortes d'adorateurs, une tante dont vous êtes le sosie sans le savoir mais à qui on vous rappelle sans cesse que vous êtes son double puisque vous êtes sa nièce et que vous lui ressemblez comme deux gouttes d'eau. Comment fait-on pour vivre avec une soeur jumelle, même si c'est votre tante, une soeur jumelle puisque même votre propre père le jour de l'enterrement de votre mère vous appelle Simone?

 

Et bien on se débrouille comme on peut: Sylvi, c'est avec son art de l'écriture, cette remémoration qu'elle possède, cette manière de se souvenir de tout, sa tendresse pour son père, sa mère, le souvenir de cette sainte morte qui va hélas assez vite déchirer la famille: d'un côté André, de l'autre ses parents qui vont se disputer les lambeaux de la sainte morte. Et elle, Sylvie, la vivante, la sur- vivante, la plus que vivante.

 

Oui, Sylvie qui aime la vie, la jouissance qu'est de vivre, contrairement à sa tante qui souffrait pour les autres en s'oubliant elle même, Sylvie la généreuse, Sylvie la tendre, Sylvie qui accompagne son vieux père dans toutes les cérémonies où il reçoit des prix, Sylvie qui devient la fille de son père, Sylvie qui remonte les sources généalogiques de la famille Weil, Sylvie qui, contrairement à sa tante juive assimilée qui n'a jamais voulu en savoir sur la ses origines, étudie Rachi, se gorge de culture juive, et pratique l'humour juif. Dans la famille Weil, le souvenir de Simone, au lieu d'apaiser, a provoqué disputes , procès et blessures intimes pour la petite Sylvie prise en otage entre ses grand-parents et ses parents. S'y ajoutent les tourments de l'exil - André obligé de vivre aux Etats unis et la mélancolie sourde d'avoir cette disparue dans la famille comme un fantôme qui vient la revisiter en rêve.

 

Que restait-il comme place dans le monde pour Sylvie? D'être, comme elle le raconte avec malice, le tibia d'une tante sainte qu'on serait venu caresser avec une idolâtrie pernicieuse et de se complaire dans ce rôle ou assumer ce qu'on est: une intellectuelle cultivée, amoureuse de la vie malgré les blessures qu'elle vous inflige, une femme écrivain qui sait utiliser les mots pour dire ce que signifie aujourd'hui vivre avec ses morts: son père, sa mère sont morts et, dans ce non oubli des morts puisque nous vivons avec nos morts et que, si nous savons les aimer ils nous le rendent bien, Sylvie, elle, rappelle d'où elle vient, de toute cette lignée de juifs européens obligés sans cesse de s'exiler, elle la déracinée, la nièce de Simone auteur de l'Enracinement, elle la rebelle, la frondeuse, elle qui ressemble tant à sa tante.

 

Elle qui sait prendre de la vie ce qu'elle vous offre comme cette pluie de pétales au Japon lorsque les cerisiers sont en fleurs, elle qui sait, par ce livre, réconcilier enfin toute sa famille dans ce qui n'est pas un hommage mais un salut fraternel à sa tante chérie qui lui a tant empoisonné l'existence et avec qui elle est, enfin, en paix...Sylvie Weil

Chez les Weil André et Simone Ed Buchet Chastel

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