Imprimez Envoyez Commentez cet article

La "pilule du surlendemain" devra rester une exception

Sexualité | 16:39  Le nouveau contraceptif d’urgence EllaOne permet d’éviter une grossesse jusqu’à cinq jours après un rapport sexuel, et non plus trois. Ce délai prolongé incite-t-il à davantage d’insouciance face au préservatif, seule protection contre le sida?



afp
afp


Sandra Weber | 23-10-2009 | 16:39

Lisez cet article en lien avec notre sondage:  La pilule du surlendemain va arriver en Suisse: y êtes-vous favorable?

 

«Ne jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même», dit l’adage. En matière de contraception, il sera bientôt possible de repousser les précautions d’usage au «surlendemain». L’anticonceptionnel d’urgence EllaOne permet d’éviter une grossesse jusqu’à cinq jours après un rapport sexuel, contre trois pour l’actuelle NorLevo, plus connue sous le nom de «pilule du lendemain». Baptisée «pilule du surlendemain», EllaOne est disponible depuis peu en France, Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique et aux Pays-Bas. Elle apparaîtra en Suisse vraisemblablement l’année prochaine. Son fabricant parisien HRA Pharma s’apprête à faire une demande de commercialisation auprès de Swissmedic.

 

Les professionnels de la santé se réjouissent déjà de pouvoir élargir la palette des moyens contraceptifs à disposition. Mais ils mettent en garde contre la banalisation d’un produit réservé aux situations d’urgence. «C’est une excellente nouvelle», réagit Anne-Thérèse Vlastos, médecin adjoint et responsable des consultations ambulatoires au service de gynécologie des Hôpitaux universitaires de Genève. «Trois jours, c’est déjà quelque chose. mais ce délai prolongé donne deux jours de plus aux femmes pour décider si elles veulent éviter une grossesse ou si elles la désirent.» Cette nouvelle bouée de sauvetage n’incite-t-elle pas à une plus grande insouciance? Le seul rempart contre le virus du sida et les Infections sexuellement transmissibles (IST), faut-il le rappeler, reste le préservatif. Brenda Spencer, responsable de recherche à l’Institut de médecine sociale et préventive de Lausanne, estime que l’arrivée de cette pilule ne modifiera pas significativement les habitudes. «Les gens font bien la différence entre la contraception et la protection des maladies sexuellement transmissibles. Ce qui n’empêche pas les accidents et les imprévus.» Le problème est surtout la mauvaise utilisation du préservatif,  en particulier chez les 16 à 20 ans, observe Anne-Thérèse Vlastos. D’où l’utilité de le combiner avec contraceptif hormonal régulier, comme la classique pilule.

 

Pas une pilule abortive

Pour elle, le principal avantage de ce nouveau contraceptif d’urgence sera la diminution du nombre d’avortements. En France, certains milieux anti-avortement décrient pourtant EllaOne, qu’ils associent à une pilule abortive. «Il ne faut pas confondre, insiste la gynécologue. La seule pilule abortive existante est la RU486, qu’il est interdit d’utiliser hors contexte d’interruption de grossesse.» Or les pilules du lendemain empêchent l’ovulation. Il ne peut dès lors s’agir d’un avortement, même ultraprécoce. Cette solution, appréciable en cas d’incident, l’est à plus forte raison en cas d’agression. «Grâce aux contraceptifs d’urgence, il ne peut y avoir fécondation. La femme ne se trouve donc précisément pas face au dilemme de l’avortement.»

 

La pilule du surlendemain est toutefois chère - 30 à 50 euros en Europe, contre 25 francs suisses pour la Norlevo - et non remboursée. «Ce coût va prétériter les plus jeunes, qui sont les plus concernés par les ruptures de préservatifs», regrette Anne-Thérèse Vlastos.
Contrairement à la pilule du lendemain, celle du surlendemain ne sera pas en vente libre. «EllaOne contient une molécule totalement nouvelle, l’ulipristal acétate, explique la praticienne. Les tests ont donné d’excellents résultats, sans effets secondaires majeurs. Mais l’échantillon de 3391 femmes, bien que suffisant, reste relativement restreint.» La gynécologue juge effectivement plus prudent de la délivrer uniquement sur ordonnance, afin que les médecins soient tenus au courant d’éventuels incidents. Et puissent donner toutes les indications nécessaires.


Reagissez à cet article!

Imprimez Envoyez Commentez cet article

Liens en relation avec l'article :


Le contenu de ce champ est gardé secret et ne sera pas montré publiquement.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

1 + 0 =
Solve this simple math problem and enter the result. E.g. for 1+3, enter 4.

A lire également dans la même rubrique :

les chroniques