Genève intensifie la lutte contre l'excision | Les Quotidiennes

08/01/2009 18:15
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Genève intensifie la lutte contre l'excision

| 20:00  Près de 1200 femmes à Genève seraient concernées par les mutilations génitales.






| 09-10-2007 | 20:00

Sensibiliser les professions médicales et sociales au problème complexe des mutilations génitales féminines… vaste programme.

Le Service pour la promotion de l'égalité entre hommes et femmes a organisé le 9 octobre un colloque intitulé «Mutilations génitales féminines: quelle prise en charge à Genève? Etat des lieux et perspective». Avec un objectif avoué: ne plus stigmatiser les femmes victimes d'une excision – ablation du clitoris – ou d'une infibulation – ablation de tout ou d'une partie des organes génitaux externes, recousus pour ne laisser qu'une minuscule ouverture. En Suisse, 7000 femmes seraient concernées, dont près de 1200 rien qu'à Genève.

Les raisons de ces mutilations? Religieuses – même si rien n'est stipulé ni dans le Coran, ni dans la Torah, ni dans la bible –, culturelles - une femme a plus de valeur sur le marché du mariage et on s'assure ainsi de sa virginité - ou encore imaginaires – amélioration de la fertilité, accentuation du plaisir de l'homme lors de la pénétration, ou encore moyen de maîtriser les pulsions sexuelles des femmes, considérées comme sales et impures…

Médecins intervenants, infirmières, sages-femmes, représentants d'associations… lors du colloque, tous étaient d'accord sur le fait que ces pratiques ont pour unique objectif de soumettre les femmes, de nier le genre féminin.

Des femmes silencieuses

Accoucher, avoir des relations sexuelles ou simplement parler de leur douleur physique… rien n'est simple pour les femmes, essentiellement des requérantes d'asile, victimes d'excision ou d'infibulation. Lors d'un accouchement par exemple, les complications médicales sont obligatoires et le personnel soignant souvent mal formé. De nombreuses femmes ont ainsi été «obligées» d'accoucher par césarienne, alors qu'une défibulation peut permettre un accouchement par voies naturelles.

Parce que la prévention passe par l'information au plus grand nombre, le Service pour la promotion de l'égalité entre hommes et femmes soutient également un film documentaire intitulé «Femmes mutilées plus jamais», réalisé par deux jeunes femmes d'origine somalienne, Sahra Osman et Fatxyia Ali Aden. Elles-mêmes victimes de mutilations génitales, elles ont décidé de s'exprimer et d'aborder l'excision sous l'angle de l'intégration, prenant le risque de se faire rejeter par leur communauté. «J'ai l'impression que naître femme est déjà un handicap, raconte Fatxyia, nos mères, nos tantes, nos grands-mères ne font que pérenniser une pratique barbare, sous couvert de traditions. Elles ignorent les risques, les conséquences et pensent assurer ainsi l'avenir de leur fille. Il faut leur expliquer que cela ne sert à rien si ce n'est à souffrir.»

Un problème complexe

Car la majeure partie des gens ignore ce que vivent ces femmes; l'excision ou l'infibulation étant à la fois une forme de violence physique, psychologique et sexuelle, le problème est complexe et les traumatismes nombreux.

Certaines sont confrontées à la honte devant des gynécologues mal informés, qui poussent des cris d'orfraie en constatant pour la première fois les «dégâts» occasionnés par une mutilation génitale. Des fillettes de 4 ou 5 ans sont contraintes à subir une ablation douloureuse, tandis que les parents restent persuadés de faire cela pour leur bien. Le poids de la culture reste prépondérant et changer les mentalités ne se fait pas du jour au lendemain.

Selon Jean-Marc Guinchard, directeur de la Santé de l'Etat de Genève, il reste beaucoup faire: «Nous comptons accentuer la prévention auprès des populations concernées et des professions médicales et nous assurer que l'accès aux soins soit garanti pour tous». Dorénavant, les HUG précisent sur le dossier d'un nouveau-né si la mère a été mutilée génitalement. Le pédiatre qui suit le nouveau-né-fille peut ainsi garder un oeil sur elle. L'Université de Genève envisage d'intégrer la problématique des mutilations sexuelles féminines dans son cursus de cours à l'école de médecine, et des dépliants dans toutes les langues seront bientôt disponibles.

Mais la prévention ne suffit pas. Pour donner au droit Suisse les moyens de punir les auteurs de mutilation, une modification des articles 122 et 123 du Code pénal attend actuellement la décision du Conseil fédéral.


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