«J’ai refusé que ma fille soit excisée»
TÉMOIGNAGE | 09:28 Excisée elle-même par sa mère, Warda, qui vit à Genève, a respecté la tradition pour ses deux aînées. Avant de se rebeller pour sauver sa cadette.Isabel Jan Hess | 10-11-2008 | 09:28
«Je m’en souviens comme si c’était hier!» Les yeux rougis, Warda revoit ce jour où sa mère l’emmène dans un coin de son village, en Erythrée, pour lui faire endurer, au nom de la tradition, le pire cauchemar que puisse subir une fillette: une ablation du clitoris, visant à enlever toute sensation de plaisir lors des rapports sexuels. Une manière pour l’homme de s’assurer de la fidélité de son épouse.
«Ma mère était exciseuse. Pour elle ce n’était qu’une formalité, mais elle était hésitante avec moi. Normalement, on coupe les filles avant la première année en Erythrée. Mais ma sœur ayant gardé des séquelles irréversibles suite à cette intervention, ma mère a préféré attendre mes 8 ans. Je suis restée là, anéantie par la douleur, dans une solitude immense. Entre un sentiment de trahison et d’abandon. On m’avait préparée, certes, mais un enfant ne comprend pas que sa mère puisse lui faire du mal.»
Près de quarante ans après, dont vingt à Genève, l’évocation de ce traumatisme ternit le visage de cette femme. Accompagnée de Terhas Tewelde, médiatrice culturelle de sa communauté, elle explique avec pudeur pourquoi elle a fait exciser ses deux premières filles. Des souvenirs que Warda réveille avec dignité. «Vous ne pouvez pas comprendre. On est complètement conditionnées. C’est normal pour une mère de faire exciser ses filles. Dans notre société, une femme qui n’est pas coupée est rejetée. Elle ne trouve pas de mari et passe pour une traînée.»
«Je me suis opposée à l’infibulation»
Les gamines ont été excisées au pays avant leur première année, mais Warda et son mari ont refusé qu’elles soient infibulées comme elle (les lèvres sont recousues après l’ablation du clitoris). Les conséquences de cette intervention sont dramatiques. Infections, difficultés à uriner, rapports sexuels insupportables et surtout risque de mortalité pour la mère et l’enfant à l’accouchement.
La famille arrive à Genève dans les années 80, imprégnée de sa culture, et sûre d’avoir «bien fait». «C’est en vivant ici, en rencontrant des gens, en lisant sur le sujet qu’on a compris que toutes les femmes n’étaient pas contraintes d’endurer ce que je vivais. Et réalisé ce que nos filles excisées allaient endurer, par l’inhumanité de cette coutume.»
«Dans les années 90, lorsque j’ai su que je portais une fille, j’ai refusé de la soumettre à cette barbarie.» Un choix corroboré par son mari mais caché à la communauté et à la famille restée au pays. «En Erythrée, on a toujours dit qu’elle avait été excisée en Suisse. Ici, on n’en parle pas. Le sujet est tabou. Les femmes cachent leur mutilation. Ici, on a honte d’être excisées. Au pays au contraire, une femme aurait honte de ne pas être coupée.»
Les enfants grandissent à Genève. «On n’a jamais eu de problème ici, assure Warda. Même si, avec les années, mes filles ont demandé pourquoi elles étaient différentes. Elles nous en ont voulu, mais elles ont compris l’influence de notre culture sur notre geste.»
«Affronter le regard des hommes»
A 10 ans, Abama, l’aînée, cumule les infections. «Elle a été opérée. Pour expliquer son absence à l’école, elle a inventé une histoire. Impossible de dire la vérité, même à ses meilleures amies. Les grandes ont fait avec. La plus jeune a posé des questions lorsqu’elle a découvert, à l’école ou par les médias, l’horreur de cette pratique.»
Une des aînées s’est mariée avec un Suisse. «Elle a deux enfants et tout semble bien se passer. C’est vrai que mes filles ont dû affronter le regard des hommes. Une furieuse envie d’éteindre la lumière pour les étreintes. Je connais ça.»
L’excision en chiffres et dans la loi
Les derniers chiffres connus pour la Suisse remontent à 2005.
MONDE - Selon l’Unicef, plus de 130 millions de femmes sont concernées.
SUISSE - 7000 le sont en Suisse. En 2005, 60% des gynécologues helvétiques avaient été confrontés à des femmes excisées ou infibulées.
LOI - En Suisse, l’excision tombe sous le coup du Code pénal. La loi ne prévoit pas d’article spécifique pour l’excision. Ces mutilations sont poursuivies comme lésions corporelles simples en cas d’excision et lésions corporelles graves en cas d’excision accompagnée d’infibulation[0].
JUSTICE - Aujourd’hui, les parents ayant fait exciser leurs fillettes avant leur arrivée en Suisse ne sont pas condamnables. Mais les mutilations effectuées sur des enfants domiciliés sur notre territoire sont poursuivies.
ENLEVÉES - En 2000, deux fillettes étaient enlevées par leur père et excisées en Malaisie. Plainte a été déposée à Genève. Le procureur a classé l’affaire à fin 2007. Le dossier a été rouvert en janvier.
CONDAMNÉS - En juin dernier, une Somalienne, domiciliée à Fribourg, a été condamnée à 6 mois avec sursis pour non-assistance à personne en danger. Elle avait laissé partir sa sœur de 13 ans, dont elle avait la charge, au pays où elle a été excisée.
En juin encore, un couple somalien a écopé de 2 mois de prison avec sursis pour avoir fait exciser leur fillette de 2 ans, en 1996, à Zurich.
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Réponse à "comment être conditionné"
En occident, l'être humain peut construire sa vie sans tenir compte des autres membres de sa famille. Dans les autres cultures ce n'est pas encore totalement le cas. Vous êtes une partie d'un ensemble et vous devez agir en tenant comte de cet ensemble. L'avantage est que dans les moments difficiles, vous n'êtes pas seul et l'inconvénient est que vous ne vous réaliserez jamais complètement.
En occident l'inconvénient est que vous pouvez parfaitement vous réaliser mais vous restez seul dans les moments difficiles.
Il existe cependant des gens comme la dame de cette article qui décide d'aller contre ces traditions, ce n'est pas évident surtout quand vous vivez dans ce milieu mais cela arrive de plus en plus aujourd hui et je dis courage à ceux qui le font car ca fait avancer le monde!
comment être conditionné
comment être conditionné pour accepter ça....au nom de la religion on fait subir les pires outrages à des enfants...des idées venues de cerveaux pervers et malade