Une femme pour 89 hommes…
CERN AU FÉMININ 9/9 | 07:00 Sau Lan Wu rêvait d’être peintre, mais en lisant la biographie de Marie Curie, elle a décidé de consacrer sa vie à la physique.
Anne-Muriel Brouet | 11-08-2008 | 07:00
Combien sont-elles? Deux, cinq, dix, zéro? Depuis 1901, 178 personnes ont reçu le Prix Nobel de physique. Parmi elles, deux femmes. Marie Curie, en 1903, et Maria Goeppert-Mayer, soixante ans plus tard. Voilà donc plus de quarante ans qu’aucune femme n’a reçu la distinction suprême. Certe l’Académie royale de Suède n’est pas connue pour son audace ni son modernisme, mais quand même!
On ne présente plus Marie Curie. Née dans une famille défavorisée à Varsovie, elle a, par son travail et son intelligence, réussi ce qu’aucune femme n’a obtenu: deux Prix Nobel. Après la physique pour ses découvertes sur la radioactivité, elle recevra, en 1911, la distinction suprême en chimie. Sa fille, Irène Joliot-Curie, sera une digne héritière. Avec son mari, Frédéric Joliot, elle découvre la radioactivité artificielle. Et reçoit, avec lui, le Prix Nobel de chimie en 1935.
En 1948, Maria Goeppert-Mayer, Américaine d’origine allemande, parvint à formuler la théorie sur la structure en couches du noyau de l’atome. Elle la publie fin 1949, alors qu’un article proposant la même théorie vient d’être édité par le physicien allemand Hans Jensen. Ils se partageront le Prix Nobel de physique en 1963.
Heureusement, d’autres femmes se sont distinguées en physique, en sciences en général et en physique des particules en particulier. D’autres prix, quasiment aussi prestigieux, les ont récompensées, à juste titre. Même si leur nombre reste largement inférieur à celui des hommes, faute de s’orienter à égalité avec les hommes vers ces filières.
Une dizaine de femmes se sont distinguées dans la physique des particules
Un peu plus d’une dizaine de femmes se sont distinguées dans la physique des particules, pour l’essentiel des Américaines. Mentionnons-en une, qui collabore aujourd’hui au CERN, Sau Lan Wu. Elle rêvait d’être peintre, mais en lisant la biographie de Marie Curie, elle a décidé de consacrer sa vie à la physique. En 1995, elle reçoit le Prix de la Société européenne de physique en physique des particules et des hautes énergies pour la première détection d’événements à trois jets dans les collisions e + e- à Petra, première observation directe du gluon. Un peu complexe, certes. Sau Lan Wu dirige aujourd’hui le groupe de son université, l’Université du Wisconsin, qui effectue notamment des recherches sur les expériences ATLAS, un des détecteurs du LHC qui doit démarrer prochainement.
Célèbres ou non, primées ou non, les femmes commencent lentement à prendre leur place dans le domaine de la physique des particules et dans la physique en général. Au CERN notamment, elles sont de plus en plus nombreuses. Les raisons de cette inégalité scientifique sont complexes. Mais il est certainement un argument qui n’a pas cours: les capacités intellectuelles. En 2005, l’ancien directeur de Harvard Lawrence Summers avait fait scandale en lâchant: «Je constate que, régulièrement, les hommes obtiennent de meilleurs résultats lors des examens et personne ne sait pourquoi, la cause est peut-être biologique.»
Depuis, les preuves s’accumulent pour confirmer qu’il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes dans l’utilisation des hémisphères cérébraux. Loin d’être liées au sexe – ni à l’origine ethnique – les aptitudes pour les sciences sont façonnées en revanche par l’éducation. Reste à voir comment les attentes des parents et les préjugés sociaux l’influencent.
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