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De la molécule au médicament, zoom sur la fabrication d'une pilule

| 16:28  Rares sont les substances issues de la recherche qui finiront dans les officines. Et leur vie est loin d’être un long fleuve tranquille.






Anne-Muriel Brouet | 11-06-2009 | 16:28

Découvert en 1994 par deux chercheurs français, le rimonabant sentait le médicament miracle: il pouvait contrer l’obésité et la dépendance au tabac. Le jackpot dans un monde qui compte plus d’un tiers d’obèses et autant de tabagiques! Après avoir été commercialisée dans 21 pays et approuvée par plus du double, la molécule a aujourd’hui été retirée du marché.

 

 

Trop de risques de dépression et d’angoisse, quelques morts aussi. Les milliards rêvés ont fondu en quelques millions. C’est quinze ans de recherches qui partent en fumée.

 

 

L’histoire du rimonabant reflète les difficultés du marché des médicaments, tiraillé entre les besoins des patients pour un produit efficace et sûr et une industrie pharmaceutique motivée par le profit rapide. Comment une molécule devient-elle pilule? Beaucoup de fausses couches.

 

 

Au départ, la recherche fondamentale est surtout menée au sein des Universités ou des Hautes Ecoles. L’industrie pharmaceutique se concentre sur la recherche appliquée dans le but de traiter un problème précis. Cela comprend tant la lutte contre une maladie donnée ou l’amélioration d’un médicament particulier. Il faut être franc: les molécules révolutionnaires sont rares.

 

 

La ciclosporine, un immunosuppresseur qui permet de réduire considérablement les réactions de rejets lors de greffes, en est un. Mais sur 10 000 substances étudiées, une seule terminera dans les officines. Les progrès s’effectuent à petits pas, pas néanmoins décisifs. On notera par exemple les progrès réalisés ces dernières années dans le traitement du cancer du sein.

 

 

Les épreuves de vérité. Une fois la molécule prometteuse identifiée en laboratoire, il faut contrôler non seulement son efficacité, mais encore sa tolérance et sa sécurité à divers stades. Pour ce faire, le parcours est bien balisé. Il faut d’abord procéder à une série d’études précliniques afin de vérifier que le principe actif ne présente aucun effet nocif, cancérigène, mutagène (modification du patrimoine génétique) ou tératogène (malformation du fœtus), y compris en cas d’utilisation prolongée. Ces tests s’effectuent sur des animaux, selon la Loi suisse sur la protection des animaux, une des plus sévères du monde.

 

Essais cliniques

 

Ensuite viennent les essais cliniques réalisés sur des volontaires sains et des patients. La phase I consiste à tester sur des volontaires sains si les effets de tolérance observés chez l’animal se retrouvent chez l’humain. C’est à ce stade que le fabricant décide de la forme galénique (pilule, gélule, sirop, à injecter, à inhaler…) du produit. Notons que les principes actifs susceptibles de provoquer de graves effets secondaires (les médicaments anticancéreux, par exemple) sont exempts de cette première phase.

 

 

En phase II, la substance est administrée à un petit nombre des malades dans le but de voir si elle est efficace contre ce pour quoi elle a été développée. La méthode idéale veut que l’on réalise ces tests en donnant de façon aléatoire un placébo ou la substance active aux participants et que ni eux-mêmes ni les médecins ne sachent qui a reçu quoi (double aveugle). Enfin, en phase III – là où ont échoué souvent les vaccins contre le sida par exemple –, on teste la substance sur un plus grand nombre de patients (le plus souvent supérieur à 1000), on fixe la posologie et on note d’éventuels effets secondaires supplémentaires.

 

Le feu vert

 

 

Les tests réussis, il convient de demander une autorisation de commercialisation. Celle-ci est délivrée par l’Institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic, un organe de droit public de la Confédération rattaché au Département fédéral de l’intérieur. Ce n’est qu’une fois l’autorisation délivrée que la fabrication du médicament va commencer. Depuis le début, il s’est écoulé une douzaine d’années et le tout a coûté environ un milliard de francs.

 

 

Une vie sous contrôle. Un médicament n’est encore qu’un adolescent lors de sa mise sur le marché. Durant cinq ans, il est encore suivi de près pour confirmer son efficacité et de nouvelles études sont menées afin notamment de déterminer s’il est possible d’étendre son application à des groupes de patients spécifiques (diabétiques par exemple), si des effets secondaires nouveaux, de très faible occurrence (qui touchent moins d’un patient sur 10 000), apparaissent ou si des interactions éventuelles avec d’autres médicaments se développent.

 

Le brevet

 

Il donne à ses titulaires le droit exclusif de l’usage commercial de l’invention pour une durée déterminée (généralement vingt ans). Mais cette durée inclut les années de recherche. Une fois le brevet expiré, le produit peut-être copié et vendu sous forme de générique.


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