
Ce n’est pas une pilule miracle pour perdre quelques kilos superflus, mais un médicament destiné aux personnes en surpoids. Alli, c’est son nom, est depuis le début de la semaine le premier produit de ce type en vente libre dans les pharmacies en Suisse. Il contient 60 grammes d’orlistat, une substance qui ne coupe pas la faim, mais réduit l’absorption des graisses de 25%. Il s’agit d’une substance connue, la même que celle contenue dans le Xenical, vendu, lui, sous ordonnance parce qu’il en contient deux fois plus.
Selon les recommandations du fabricant, GlaxoSmithKline (GSK), Alli n’est indiqué qu’à partir d’un indice de masse corporelle (IMC) de 28 et plus. Et les trois pilules par jour ne sont efficaces qu’associées à un régime alimentaire pauvre en graisses et à de l’activité physique. Dans ces conditions, elles augmentent la perte de poids de 50% (si l’on perd 1 kg en mangeant moins gras, on perdra 1 kg et demi avec le médicament). Une boîte de 84 capsules coûte 99 fr. (non remboursée par les caisses).
«Nous avons mis en place un programme de formation pour les pharmaciens afin qu’ils informent leurs clients des mesures indispensables à prendre en parallèle», indique Beat Schori, de GSK. Pour le Dr Roger Darioli, vice-président de la Société suisse de nutrition, l’orlistat a l’avantage de ne pas avoir d’effets neuropsychologiques, comme les coupe-faim. «Mais sans changements alimentaires, cela ne sert à rien.» Spécialiste de l’obésité, le Dr
Vittorio Giusti, du CHUV, estime que la prise du médicament sans suivi médical n’est pas sans risque:
«Le produit risque d’être mal utilisé»
– Approuvez-vous le fait que ce médicament soit vendu sans ordonnance?
– Non. Nous avons le Xenical pour les personnes qui ont une maladie d’obésité et il est prescrit sous surveillance médicale.
– Ne faites-vous pas confiance aux pharmaciens et à leur information?
– Il ne s’agit pas d’une question de confiance ou non aux pharmaciens. Il ne sera pas vraiment possible de vérifier qui va acquérir le médicament. Le risque existe qu’il soit mal utilisé. Par exemple par quelqu’un qui souffre d’anorexie et veut absolument perdre encore des kilos. Il peut aussi avoir pour effet de renforcer les mécanismes de prise de poids chez des personnes souvent fragiles psychologiquement, prêtes à croire qu’un médicament suffit et que la solution est externe. Même avec les patients que nous suivons, nous avons de la peine à faire passer le message que c’est le style de vie qu’il faut changer.
– Quels conseils en cas d’achat?
– Redire que ce n’est pas une pilule miracle, qu’il faut l’associer à une modification de l’alimentation et qu’il n’est pas indiqué de le prendre sur le long terme.
– Le médicament est-il dangereux?
– Non, mais, comme le Xenical, il peut à long terme modifier la flore intestinale. Il faut évaluer sa compatibilité avec d’autres médicaments, notamment la pilule contraceptive, dont il peut réduire l’efficacité. On estime que le Xenical réduit de 6 à 8% le poids initial sur un an. Avec Alli, c’est donc la moitié moins.
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