
Il y a des gens qui parlent à leur chien, à leur chat et sans doute à leur poisson rouge. D’autres font des discours à leurs plantes vertes. Après tout, pourquoi pas? Il y a bien des femmes qui parlent encore à leur mari, alors qu’il est en train de regarder un match à la télévision.
Reste encore à savoir si la chose a une quelconque efficacité. Avec le chien ou le chat, pas de doute. La réponse est oui. Après tout, ces pauvres bêtes ont besoin de manger, comme tout le monde, et des yeux attentifs ont toujours aidé à remplir l’estomac.
Mais les végétaux? Sont-ils vraiment réceptifs aux bavardages, aux invectives ou tout simplement à un aimable babil? Eh bien oui, surtout si c’est une femme qui leur parle. Une enquête (une de plus!) vient de le prouver. Elle émane de la très respectable Société royale d’horticulture. Il va sans dire (mais il va encore mieux en le disant) que nous sommes en Grande-Bretagne.
L’enquête s’est faite à la loyale. Fair-play. Chaque candidat, et donc chaque candidate, disposait d’un plant de tomates. Pourquoi des tomates? Je ne sais pas. Il ne s’agissait pas d’improviser son texte. Il existe des matchs d’improvisation pour ça. Non. Chacun devait lire des ouvrages choisis par d’autres à la plante qui leur était confiée.
Les résultats n’ont pas tardé à se faire sentir. Une plante entretenue (entretenue par la conversation, entendons-nous) pousse plus vite que sa congénère laissée dans le silence. Mais elle grandit encore plus vite si la voix est féminine, et par conséquent mélodieuse. Dans le genre, les hommes font nettement moins bien, eussent-ils l’organe de feu Luciano Pavarotti. Pour tout dire, certains mâles se révèlent pires que le silence. Ils retarderaient le mûrissement des tomates. Qu’on les leur jette (les tomates, of course) à la figure!
C’est Sarah Darwin, une descendante du grand Charles, qui a remporté ce qui tient finalement de la compétition. «C’est un honneur de posséder une voix qui fait pousser les tomates», a sobrement déclaré la gagnante, elle aussi rouge, mais de fierté. Quant à la Société Royale, elle se dit ravie, mais non surprise, du résultat. «Il n’est pas étonnant dans la mesure où les ondes sonores font partie de l’environnement des plantes, au même titre que la pluie ou la lumière.» Il s’est passé «exactement ce que nous avions prévu.»
Dans ces conditions, il ne reste plus que deux questions à poser. La première est «alors, pourquoi faire un concours?» La seconde tient à la qualité de la voix féminine. Que se passerait-il si l’on confiait un plan de tomate à la merveilleuse Micheline Dax?
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