Deux Genevois vont tester un gel antisida
RECHERCHE | 15:21 La Fondation Mintaka et l’université de Genève ont mis au point une molécule prometteuse bon marché. Un des atouts du produit est la liberté qu’il rend aux femmes de prendre en charge leur protection contre le VIH, puisqu'il pourrait ressembler à un anneau contraceptif, ou être sous forme de crème ou de gel.
Anne-Muriel Brouet | 11-11-2008 | 15:21
Deux millions et demi de personnes ont été infectées l’an dernier dans le monde par le virus du sida. Presque autant en sont mortes. Pas les mêmes: entre la contamination et le décès, il y a les années d’ignorance meurtrière, d’incompréhension, de souffrance, d’exclusion, de solitude. On connaît cela chez nous, mais on tend à oublier que l’essentiel des 33 millions de personnes qui vivent avec le VIH sont des pauvres des pays en développement.
C’est pour eux que les professeurs Robin Offord et Oliver Hartley travaillent depuis plus de dix ans. C’est parce que ces gens sont pauvres que les scientifiques genevois ne se sont pas contentés d’avoir découvert une protéine qui évite l’infection. Ils ont poursuivi leurs efforts pour en trouver une bon marché. Le résultat fait aujourd’hui l’objet d’un article dans la prestigieuse revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).
«Pour pénétrer dans une cellule, le virus du sida a besoin de deux structures d’entrée. Notre molécule se lie à une des structures et la fait rentrer dans la cellule», explique Robin Offord, un des pères de Mintaka, une fondation qui s’efforce de mettre la recherche biomédicale moderne au service des populations des pays en développement. Résultat: le virus ne trouve qu’un seul point d’entrée et ne peut pas s’introduire dans la cellule pour y «cracher» son génome.
Cette découverte, les deux professeurs l’avaient déjà faite en 2004. Des tests ont montré que la protéine, administrée localement sur la muqueuse vaginale sous forme de lotion, protégeait les macaques femelles. La molécule, baptisée PSC-RANTES, est 50 fois plus puissante que les autres essais de ce type et résistante, à ce jour, aux mutations du VIH. «Mais nous avons renoncé à aller plus loin, raconte Robin Offord. Nous redoutions que des efforts considérables soient consacrés pour obtenir un microbicide qui ne soit abordable que dans les pays riches.»
Trouver le financement
Oliver Hartley, professeur à la Faculté de médecine de l’UNIGE, s’est alors attelé à trouver une nouvelle version de PSC-RANTES. Schématiquement, il a remplacé une structure chimique par une structure naturelle. Son nouveau nom est plus compliqué, 5P12-RANTES, mais elle est «au moins aussi efficace que la molécule chimique et peut être produite aussi simplement qu’un enzyme de poudre à lessive», précise Oliver Hartley.
Outre son efficacité sur les macaques, le microbicide pourrait être produit dans les pays en développement et vendu à un prix «inférieur à une cigarette par jour», précise le professeur Offord. La clope au tarif africain. Un des atouts du produit est la liberté qu’il rend aux femmes de prendre en charge leur protection contre le VIH. «Le microbicide pourrait ressembler à un anneau contraceptif, ou être sous forme de crème ou de gel à appliquer tous les jours, indépendamment de l’activité sexuelle», précise le professeur Hartley.
A quand sa commercialisation? «Nous devons maintenant procéder à des tests de sécurité, dans des pays développés, avant de passer aux essais cliniques, précise Robin Offord. D’habitude les firmes pharmaceutiques réalisent cette étape. Mais puisqu’il n’y aura jamais de redevances, notre défi est aujourd’hui de trouver les fonds nécessaires ailleurs qu’auprès de l’industrie pour obtenir le billet d’entrée pour les premiers tests cliniques.» Confiants, les chercheurs ont l’ambition d’atteindre leur but mi-2010.
En attendant le vaccin
«Je ne veux pas faire preuve d’un optimiste prématuré, reconnaît Robin Offord. Il y a toujours des incertitudes en science. Mais cette molécule est le microbicide le plus prometteur en son genre à ce jour. Elle mérite d’être testée.»
D’autant plus que tous les experts s’accordent sur le fait qu’un vaccin contre le sida, s’il est la solution idéale, ne verra pas le jour avant dix ou plutôt vingt ans. Mais le pari n’est pas facile, surtout après l’échec retentissant, en février 2007, des essais d’un autre microbicide qui, au lieu de prévenir l’infection, l’a favorisée.
«L’approche qui a échoué était basée sur la conversion de molécules en microbicide, explique le professeur Offord. Il s’agissait par exemple de spermicide. Mais leur action était soit trop faible, soit aggravait le risque d’infection.» L’autre voie est celle d’utiliser les substances conçues pour les trithérapies et de les convertir en microbicides. «Cette approche semble prometteuse, d’autant que les molécules ont déjà été testées et sont produites à grande échelle, avance le scientifique. Cependant, le virus commence à bien connaître ces substances utilisées à des fins thérapeutiques et apprend à les contourner. On peut donc craindre l’apparition de mutants.»
L’approche de Mintaka s’attaque à un des aspects de la biologie du VIH. «Il n’est pas impossible qu’elle favorise l’apparition de mutants. Mais des experts ont essayé, sans rien trouver jusqu’ici, assure le professeur. En tout état de cause, nous avons déposé un brevet pour empêcher toute utilisation thérapeutique de notre molécule et réserver son emploi aux seuls microbicides.»
Reagissez à cet article!



