Cancer du sein: 80 femmes monteront en cordée sur le Breithorn
solidarité | 08:06Chaque jour, près de quinze Suissesses apprennent qu'elles ont un cancer du sein. Les 27 et 28 septembre, une cordée de solidarité envers elles se lancera à Zermatt. L'occasion de lever certains tabous.

Marie-Claude Martin | 18-09-2008 | 08:06
Le cancer du sein a longtemps été tabou avant que des stars américaines, toujours elles, ne le dédramatisent. Kylie Minogue, Cynthia Nixon, la Miranda de Sex and the City, l’actrice Christina Applegate, ou la chanteuse Anastacia, 29 ans, ont fait leur coming out.
Plus près de nous, on se souvient de Nelly Wenger, la première à communiquer de son état de santé par voie de presse. Certaines ont même réussi à nous faire rire comme Marisa Acocella Marchetto, dessinatrice au New Yorker, qui a témoigné de ses onze mois de lutte contre la maladie dans une bande dessinée aussi hilarante que pédagogique, Cancer and the City.
D’autres nous ont bouleversés, à l’image d’Annie Ernaux qui, dans L’Usage de la photographie, parle des effets de la chimiothérapie dans le cadre d’une passion amoureuse. Tous ces relais ont permis de nous familiariser avec la maladie, d’en connaître le protocole, d’en avoir moins peur. Mais qu’en est-il des anonymes, de celles qui n’ont pas la possibilité de transformer leur souffrance en héroïsme médiatique?
Première cause de mortalité
Les histoires les plus humaines commencent souvent, hélas, par des chiffres: en Suisse, 5.267 nouveaux cas de cancer du sein sont détectés chaque année. Ce qui signifie que chaque jour, près de quinze Suissesses apprennent la mauvaise nouvelle.
Pour les femmes entre 45 et 65 ans, c’est même la première cause de mortalité (1355 décès par an). Pourtant, malgré l’ampleur du phénomène, la politique de la santé varie d’un canton à l’autre, contrairement, par exemple, au cancer du col de l’utérus où une stratégie commune de vaccination s’est mise en place.
«La différence, c’est que techniquement, la vaccination est une chose simple, il suffit d’un seul geste. La prévention par la mammographie, que certains médecins jugent insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’une IRM, est plus difficile à faire passer. Cela fait quinze ans qu’on parle d’un programme fédéral, en vain», dit Bettina Borisch, professeure en médecine sociale et préventive, mais aussi présidente de l’Association Europa Donna qui, avec le Zonta Club Morges-la Cote, est à l’origine de cette cordée organisée en solidarité envers les personnes concernées par le cancer du sein.
80 femmes de 15 pays différents, touchées directement ou indirectement par le cancer du sein, y participeront pour témoigner qu’il y a un après cancer. Au retour elles signeront le Manifeste de Zermatt.
Changer le discours sur la maladie
Le but de cette escalade du Breithorn qui culmine à 4000 mètres d’altitude? Changer notre regard et notre discours sur la maladie. Que les femmes qui sont atteintes ne soient plus stigmatisées, qu’elles bénéficient du droit à la personne, qu’elles restent ce qu’elles n’ont jamais cessé d’être.
«Vers 50 ans, âge moyen où se déclare le cancer du sein, les femmes sont insérées dans une combinaison familiale complexe: elles ont encore leurs parents, souvent, leurs enfants, peut-être même leurs petits enfants, une profession et une vie sociale très riche. Cela les foudroie au comble de leur activité», précise Bettina Borisch. Or, le système institutionnel ne fait pas grand-chose pour les soutenir et les aider concrètement dans cette épreuve: soin, éducation des enfants, ménage, courses etc.
Il faut savoir, par exemple, que 30% des femmes perdent leur compagnon pendant la maladie ou le traitement, souvent d’ailleurs avec l’approbation de l’environnement qui comprend combien ce compagnonnage peut se révéler difficile. Ce qui, en plus des épreuves auxquelles elles sont confrontées, entraîne une sorte de culpabilité: qu’ai-je fait pour mériter ça?
La cordée, une métaphore idéale
Cette cordée ne vise donc ni l’exploit sportif, ni la récolte de fonds, c’est une action forte, une campagne de sensibilisation par laquelle Zonta Club Morges-la Cote et Europa Donna Suisse, soutenues par la ligue suisse contre le cancer, demandent que «toutes les femmes atteintes du cancer du sein aient les mêmes droits et accès aux services, quel que soit leur lieu de résidence, leur langue ou leur statut social.»
Au vu de ce qui précède, on comprend mieux alors la métaphore de la cordée: «Il faut être relié et s’en remettre au guide. C’est un peu ce que vivent les femmes atteintes du cancer: elles doivent pouvoir compter sur la solidarité de leurs proches et faire confiance aux médecins, sans savoir ce qui les attend», conclut Bettina Borisch.
Pour les inscriptions: tel. +41 (0)31 389 92 62 ou mail : sekretariat@europadonna.ch
internet: www.europadonna.ch
Pour plus de renseignements: Bettina Borish, tel.+ 41 22 379 59 54 ou bettina@borisch.ch
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