La burqa continue d'alimenter la polémique. Synthèse des réactions.
DEBAT | 11:53 Une Marocaine se voit refuser la nationalité française en raison de sa "pratique radicale de la religion." Approuvée par l'ensemble de la classe politique, cette décision suscite de nombreux commentaires. Sélection des plus récents.
MCM | 16-07-2008 | 11:53
C'est une première en France. Une Marocaine établie en France depuis 2000, parlant parfaitement la langue, mariée à un Français et mère d'enfants également français, se voit refuser sa naturalisation "au nom d'une pratique religieuse radicale." Le port quotidien de la burqa a été jugé incompatible avec les valeurs de la République. Cette décision a suscité plusieurs réactions. Florilège.
Une prison portative
Fadela Amara, ex-présidente de «Ni Putes Ni Soumises», actuellement secrétaire d'Etat à la Ville, juge juge la décision du Consiel d'Etat excellente et ne mâche pas ses mots sur le port de la burqa: "C'est une prison, une camisole de force, ce n'est pas un signe religieux mais le signe visible d'un projet politique totalitariste prônant l'inégalité des sexes et qui porte en soi l'absence totale de démocratie." La même ajoute: «Je ne suis pas non plus favorable au port du voile. Je ne parle pas de nos mères mais des filles nées en France». Pour en savoir plus, cliquez ici.
De son côté, Olivier Roy, politologue français, spécialiste de l'Islam, affirme que le voile et la burqa, ce n'est pas du tout la même chose. Il s'en explique ici. D'ailleurs, pour ne pas mourir idiot, voici un lexique très précis.
Le salafisme est une secte
Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, ancienne personnalité qualifiée du Conseil français du culte musulman, se méfie surtout du salafisme: "La burqa n’est pas un signe religieux, c’est un uniforme qui symbolise une vision du monde où l’on s’auto-exclut, où l’on exclut les autres. On met une barrière infranchissable entre soi et le reste du monde. (...) Mais pas uniquement à cause de la burqa, plutôt à cause de l’idéologie qui sous-tend la mouvance «salafiste»… Au-delà du cas de cette Marocaine, accorder la nationalité française aurait fait des terres occidentales un lieu privilégié pour le développement de cette secte interdite au Maghreb, qui endoctrine les femmes pour multiplier d’un seul coup des cellules familiales entières."
Dounia Bouzar dénonce aussi une certaine complaisance de la France face à l'islamisme et rappelle le jugement du tribunal de Lille d'annuler un mariage, en acceptant de considérer la virginité "comme qualité essentielle de la mariée. "La justice a-t-elle cru ainsi «respecter les valeurs de l’islam»? Normalement, la laïcité est là pour lutter contre les systèmes
moyenâgeux qui autorisent des hommes à se servir de Dieu pour édicter des lois prétendument divines qui les arrangent!
"L’islam est perçu comme une religion
archaïque, ce qui entraîne de la part des institutions une double posture contradictoire: soit elle est diabolisante et discriminatoire envers tout
pratiquant, soit au contraire elle devient hyperlaxiste parce qu’on « les » considère comme des sauvages pas totalement civilisés envers qui il faut faire preuve de tolérance." Lire l'intégralité de l'interview ici.
Une certaine hypocrisie...
Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman depuis un mois: «Le refus d'attribution de la nationalité est dû au défaut d'assimilation de l'intéressée. Ce n'est pas sa pratique religieuse qui est mise en cause mais son comportement en société.» Mohammed Moussaoui remarque que « le Conseil d'Etat ne précise pas ce qu'il entend par pratique radicale de la religion. Dans la majorité des écoles musulmanes où l'on enseigne l'islam, la burqa n'est ni une obligation, ni même une recommandation, à la différence du foulard qui est une prescription religieuse.»
Le président du CFCM démontre également le relative hypocrisie de cette décision en renversant le scénario: « Imaginez que cette femme, qui parle parfaitement le français, se soit présentée au service des demandes de nationalité sans burqa. On peut penser qu'elle aurait obtenu la nationalité. Devenue française, elle remet sa burqa : aurait-elle été déchue de sa nationalité?» Lire l'intégralité de ses propos ici.
Une décision salutaire...qui renforce pourtant l'inégalité des sexes
Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris de La Tribune de Genève et éditorialiste: "Pour demander la nationalité d’un pays, il faut au moins en partager les valeurs les plus consensuelles. Un malaise pourtant. Son mari est un salafiste convaincu, c’est-à-dire un musulman intégriste qui veut revenir aux relations sociales du temps des compagnons de Mohammed. Or, lui est Français. La décision du Conseil d’Etat ne dit pas s’il a obtenu cette nationalité du fait de sa naissance dans l’Hexagone ou par naturalisation. Mais on peut se poser cette question: si Faïza s’était appelée, mettons, Rachid et qu’à la place de sa voyante bourka, elle arborait un discret collier de barbe, aurait-elle essuyé un tel refus?
"Par rapport à une musulmane de sa secte, un salafiste masculin est à même de mieux feindre l’intégration auprès des autorités de naturalisation. (...) Lorsqu’il s’adresse aux autorités, il sait ce qu’il faut dire et ce qu’il faut taire. Dès lors, par sa décision tout à fait légitime, compréhensible et même salutaire par maints côtés, le Conseil d’Etat renforce encore plus l’inégalité entre les sexes. Mais toute autre sentence aurait été néfaste pour l’ensemble de la société, puisqu’elle aurait mis à néant les valeurs laïques de la République. Lire l'intégralité de sa chronique ici
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