"Valse avec Bachir", une descente au pays de la mémoire
CINEMA | 13:35 Reparti bredouille du Festival de Cannes, le film d'Ari Folman est un objet cinématographique totalement original. Laure Adler exprime son admiration et son émotion face à ce singulier travail de mémoire.
Laure Adler | 11-07-2008 | 13:35
La mémoire de la guerre au Moyen Orient n'est pas prête de s'éteindre. Un film très singulier la ravive: "Valse avec Bachir" signé Ari Folman. Ce n'est ni une fiction, ni un film d'animation, ni un documentaire. Alors quoi? Une lente descente au pays de la mémoire collective doublée d'un sentiment de peur et d'effroi.
S'il fallait une comparaison on pourrait aller la chercher du côté de Lewis Caroll et de son "Alice au pays des merveilles." Nous sommes, comme Alice, dans le labyrinthe non du pays des merveilles mais de l'enfer et nous assistons, avec une intense émotion, au long travail de reconquête de la mémoire du narrateur qui, à l'âge de vingt et un ans, israélien, a été, comme tous les Israéliens happés dans la première guerre du Liban. Comme tout le monde il ne savait rien de la guerre. En vingt quatre heures il en a tout su et, justement, ce savoir sur la cruauté mentale physique et psychique que constitue le phénomène de la guerre, ne l'a pas rendu fou - il aurait pu - mais amnésique.
Vingt ans après, Folman veut se souvenir et va à la rencontre de ses anciens camarades pour savoir qui il était car il sent bien que sa tête est embrumée et qu'il a tout le temps du vague à l'âme. Pour descendre si loin au pays de soi même, Folman a choisi non des comédiens mais des personnages dessinés à qui il donne un corps, un accent et, très vite une âme.
Dans sa quête initiatique pour recomposer les fragments de son identité, le narrateur va rencontrer une sirène, une immense sirène contre qui il va se
lover pour suspendre le vacarme incessant que continue à faire la guerre dans son cerveau.
"Valse avec Bachir" n'est pas un film de guerre ni un enième film sur la guerre. C'est un film sur la compréhension de soi, la force des sentiments, la nécessité qu'il y a pour chacun d'entre nous quand nous nous retrouvons face à une difficulté d'ordre existentiel de ne pas contourner l'obstacle, d'y aller , les yeux grands ouverts même si ça fait mal.
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