Lu dans la presse ces derniers jours : « Certains pays européens réticents à soutenir la Suisse dans la crise avec la Lybie » ; « Le secret bancaire en train de mourir » (de sa moche mort, car quoi de glorieux à se coucher sous la menace ?) ; « Le neurologue du CHUV auteur de détournements de fonds évite la prison et l’amende ». Quel rapport entre ces titres des rubriques internationale, nationale et locale ? L’argent, bien sûr, nerf de la guerre, mais aussi de la diplomatie, de la politique et de la justice !
Certes, l’Union européenne a finalement décidé d’aider la Suisse à trouver une sortie de crise. Mais c’est avant tout parce qu’une clause de l’Accord de Schengen menace les échanges économiques de nos voisins avec la Lybie : l’applicabilité à tous les Etats-membres d’une mesure prise par un seul dans l’octroi de visas. Jusqu’ici, ces mêmes voisins se sont abstenus de toute aide, voire ont accusé notre pays de prendre l’UE en otage avec ses petits problèmes. Histoire de ménager la susceptibilité du colonel Kadhafi et la santé de leurs affaires commerciales communes. Business is business, que voulez-vous…
Bien sûr, la distinction entre fraude et évasion fiscale est théoriquement abolie. Mais, de fait, le secteur bancaire et ses défenseurs à Berne peinent à abandonner une pratique aussi juteuse qu’immorale : l’exploitation des fruits de l’évasion fiscale sous couvert de secret bancaire. Un secret bancaire qu’il est pourtant aisé de modifier pour n’en garder que le volet défendable : celui qui vise à protéger la sphère privée. Mais que vaut la solidarité envers les plus démuni-e-s des pays voisins, amputés de redistribution fiscale, face à la possibilité d’accroître encore ses bénéfices ?
C’est vrai, le neurologue vaudois a promis de rembourser la totalité des 5 millions pris au CHUV, distribué 100’000 francs à des œuvres et pour 300’000 francs de ses livres à la bibliothèque cantonale. Mais la justice, par définition, doit appliquer les peines en fonction du délit, et non selon le prestige, l’aura ou le porte-monnaie du délinquant. Peut-être le courroux suscité par les arrestations « normales » d’un certain H. Kadhafi ou d’un certain R. Polanski ont-ils incité la justice vaudoise à, cette fois, se laisser acheter ?
L’argent n’a pas d’odeur, dit-on. Mais ce qu’il inspire en a une, et je la trouve pestilentielle : la solidarité internationale se transforme en chacun pour soi, la protection de la sphère privée sert à voler la sphère publique et la justice devient injuste. Partout, le fric remplace l’éthique et le gain supplante l’humain : contrairement aux apparences, nous avons tout à y perdre.




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