
Le costume gris, la cravate noire et le catogan tiré à quatre épingles… Devant le Palais fédéral, Oskar Freysinger traverse d’un pas sûr la place conduisant à l’espace média. Il connaît le chemin. Et lorsque les projecteurs des caméras de télévision s’allument brutalement dans la nuit, c’est à peine s’il sursaute. «J’adore les débats», lance-t-il entre deux poignées de main. « Les débats, je suis fait pour ça !»
De duplex en duplex, il faut dire que la semaine a été plus que généreuse pour le conseiller national UDC valaisan. De Berne, où il suivait la session, les médias internationaux se sont arraché l’homme qui a stoppé les minarets en Suisse. Traité de «nouveau Hitler», mardi soir en direct devant 80 millions de téléspectateurs sur la chaîne Al-Jazeera, Oskar Freysinger ne s’est pas départi d’un calme olympien. «Je m’étais programmé pour», reconnaîtra-t-il une heure plus tard, en ôtant les dernières traces de maquillage. «Je savais que je ne serais pas à «Infrarouge», et qu’on allait m’attaquer violemment. Il fallait donc calmer le jeu.»
Le lendemain, même costard gris, même Palais fédéral en arrière-fond… Mais changement radical de ton. Oskar Freysinger passe juste après Thierry Ardisson dans «L’objet du scandale», l’émission de Guillaume Durand sur France 2. En plein débat sur l’identité nationale et suite à la parution de la fameuse tribune libre de Nicolas Sarkozy dans «Le Monde», l’affaire des minarets enflamme la France. Oskar Freysinger rectifie: «Non, pas professeur de philosophie, juste de littérature!». Puis, il gesticule, avance quelques gauloiseries. Face à lui, les invités de Guillaume Durand se cabrent. Il est cette fois comparé au dirigeant autrichien d’extrême droite Jörg Haider, avant de se faire apostropher par le présentateur vedette: «Qu’est-ce que cela vous fait d’être l’homme le plus haï d’Europe?».
Sous protection policière
Pour Oskar Freysinger, une chose est certaine: il faut gérer la victoire. Le oui massif à l’initiative anti-minarets a surpris tout le monde, y compris lui-même. Le résultat a surtout attiré l’attention, pour ne pas dire la haine des médias internationaux. Deux pages dans le Figaro au lendemain du vote, soulignant le populisme et l’aspect provincial du pourfendeur des minarets ont donné le ton. Lorsque l’on se veut «franc-tireur», il faut assumer. Et repartir seul au combat.
L’UDC valaisan a choisi cette fois la défense comme principale attaque. De duplex en duplex, il explique les institutions suisses, souligne le droit d’initiatives d’un «peuple libre». Fini les postures du trublion. Il a lissé son look. Professeur de littérature, polyglotte, il représente une majorité de Suisses qui, on le sait, ne se retrouve pas forcément derrière l’idéologie UDC. A la veille du débat sur Al-Jazeera, le Saviésan parlait d’un véritable tournant. «Je l’ai senti pour la première fois. Sachant que je me rendais sur le plateau, mes collègues, tous partis confondus, m’ont donné une claque dans le dos. Socialistes, Verts, PDC, radicaux, UDC… Tous m’ont enjoint de ne pas jeter de l’huile sur le feu, d’expliquer nos institutions. Ils m’ont souhaité bon courage. C’était une première! Je ne l’ai pas cherché, mais je suis devenu l’ambassadeur de la Suisse.»
L’homme est-il naïf? Pas suffisamment en tout cas pour ne pas mesurer l’impact du vote anti-minarets. Les Freysinger bénéficient aujourd’hui d’une protection policière, sur laquelle, une fois n’est pas coutume, il ne pipe mot. «Ma femme a peur pour les enfants, la tribu, la maison. Nous avons déjà vécu un incendie. Moi, c’est différent. Je crains le désaxé qui attend au coin de la rue comme l’assassin du réalisateur Theo Van Gogh à Amsterdam en 2004.»
Un père sans passeport suisse
A Berne, il avance seul. Aucun collègue UDC à ses côtés. Le silence du parti s’avère criant. Ni le mentor Christoph Blocher, ni l’idéologue zurichois Christoph Mörgeli ne s’expriment sur le personnage. Hans Fehr a, lui, un avis plus tranché: «Il est excellent dans les débats, totalement bilingue». Le Zurichois temporise toutefois, rappelant que dans les rangs UDC, la discipline est une vertu. «Peut-être est-il un brin égocentrique, et ramène tout à sa propre personne?»
«Je crois qu’ils ont peur!» rétorque Freysinger. Le Valaisan se décrit avant tout comme un être instinctif, un solitaire. Pour lui, la politique est tout sauf une affaire d’intellectuel. «Je flaire, je capte, je saisis. La nuance? Jamais! Je garde la nuance pour la littérature.»
«Le côté moral, jusqu’au-boutiste, je le tiens de mon père, tapissier décorateur», poursuit-il. «Un Tyrolien qui n’a jamais voulu le passeport suisse. De ma mère, j’ai hérité le caractère jovial et social.»
Depuis cette soirée autour de l’an 2000 où Ueli Maurer, alors président de l’UDC, lui fixe rendez-vous dans un restauroute près de Berne, le conseiller PDC de Savièse, le gendre du notable communal, sent tout ce que peuvent lui rapporter les campagnes anti-étrangers, les idées nationalistes. A Zurich, on voit immédiatement en lui le dissident beau mec, beau parleur. L’affaire est conclue. Oskar Freysinger a carte blanche pour secouer les caciques du PDC et implanter l’UDC dans le Vieux-Pays.
«J’ai réussi mon mandat. D’abord dans le Bas, puis dans le Haut-Valais. L’UDC est maintenant solidement implantée». Le conseiller national analyse sa carrière comme une suite de cercles concentriques: «La commune, puis la région, puis le canton, puis la Confédération. Logique maintenant que je me retrouve sur la scène internationale.»
Le courage de déplaire
Quinquagénaire au look d’adolescent attardé, l’homme s’est toujours senti trop à l’étroit. Il assume d’ailleurs sa boulimie. «J’ai toujours pris beaucoup de place. Pour ma sœur et mon frère, cela n’a pas été simple à la maison. J’étais aussi l’aîné, le briseur de glace, celui qui devait accompagner la cadette aux soirées dansantes. Je crois qu’ils m’ont pardonné aujourd’hui.»
C’est sur les berges de la Sionne, aux portes de la capitale valaisanne, qu’il a planté ses racines. «Le bisse de la Lentine dans les vignes, l’école normale à quelques pas, la piscine, le terrain de basket où j’ai appris à analyser le jeu, à emmener les copains et à gagner, c’est plus que vital. Je vais vous dire : si je suis un UDC qui défend les valeurs démocratiques de ce pays, c’est d’abord parce que je suis Valaisan!»
Passionné de Max Frisch et écrivain à ses heures (bien qu’ayant été mis au banc de la société suisse des auteurs), Oskar Freysinger a consigné ses pensées sur la filiation dans son dernier roman «Le nez dans le soleil». Chantre de terroir? Pas uniquement. L’homme est complexe. Son intelligence est saluée jusque dans les rangs de ses adversaires les plus agacés. «J’apprécie l’homme. J’admire le comédien. Mais je n’aime pas la pièce qu’il joue», dit de lui Maurice Chevrier, collègue PDC valaisan au Conseil national. «Il est loin d’être idiot», confirme le Genevois Guy Mettan, organisateur du Festival de philosophie, dans lequel l’UDC a proféré son «credo». «Il était bon, car il sait toujours adapter son contenu au contexte.»
Agitateur ou marionnettes? Comment apparaît Oskar Freysinger à la face des autres nations? «Un cousin de Le Pen, la violence du verbe en moins», un Haider, un Winkelried? Comment les 60% de Suisses se reconnaissent-ils dans cet ambassadeur autoproclamé? L’image se brouille. Marc Bonnant, le ténor du barreau genevois, et qui a signé la préface de son dernier livre, salue, quant à lui, «l’incroyable solitude du personnage». «Je n’ai pas voté l’initiative. Mais je reconnais en Freysinger la forme la plus absolue du courage chez un politicien: celle de déplaire.»
PROFIL
Oskar Freysinger, né le 12 juin 1960 à Sierre. A grandi à Sion. Vit à Savièse.
Profession: Enseignant au collège de la Planta à Sion.
Etat civil: marié et père de trois enfants.
Parcours politique: conseiller national UDC
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Ms Freysinger
Bravo pour le bon travail.
freysinger
Bravo à Ms Freysinger, il a fait du bon travail
OF nouvel ambassadeur
Ce n'est pas SA victoire, mais celle du peuple des votants suisse qui a osé déposer un OUI dans les urnes.
Certes, sans représentant de ce bord au CF, il fallait bien que celui qui avait affirmé haut et fort son camp, ces arguments, et ces motifs s'exprime avec force et conviction
face à l'International!
C'est ce qu'il a fait, avec verve et respect du peuple Suisse.
On ne peut pas en dire autant des conseillers et conseillères fédéraux
Il a l'air franchement plus
Il a l'air franchement plus sympa que ce qu'il apparaît. Déplaire est tout un art effectivement. Et entraîner 60 % de la population suisse, tout un savoir-faire!
Le curafifi valaisan
Dimanche soir dans l’émission de la TSR Mise au point il a été constaté et certifié que l’olibrius des alpages (olibrius : homme sot et prétentieux, importun par son comportement bizarre et ridicule) n’en branle pas une à Berne et démontre ainsi qu’il n’est qu’une grande gueule.
Un fait que le public ignore est que les instances dirigeantes du PDC valaisan connaissant l’oiseau l’avait volontairement écarté de tous mandats politiques.
La presse locale valaisanne va relever cette carence au niveau national et ne manquera pas le moment venu de lui faire la peau car le peuple a besoin d’élus qui travaillent et non des bachibouzouks désireux de jouer les bellâtres de service.
PS.
Curafifi : vidangeur de WC
Quelle mauvaise réputation ??
Clair qu'avoir mauvaise réputation auprès de Khadafi et Ahmadinejad, c'est plutôt flatteur... La mauvaise réputation dont nous parle l'Anonymous de 13h39, c'est celle de Brassens ??
Il n'y a pas UN SEUL pays musulman dans le monde qui soit pleinement démocratique et qui respecte les droits des minorités religieuses. Pourquoi alors vouloir faire plaisir à ces gens-là ??
la réputation de merde
La "réputation de merde" auprès de qui? Des dictateurs moyenâgeux et autres tyrans? C'est plutôt flatteur! Sauf, évidemment pour ceux qui pratiquent la courbette systématique devant tout le monde.
Au ban de la société, pas
Au ban de la société, pas au banc...
hai
Il est déjà haï par la moitié des Suisses en tout cas, ça c'est sûr, avec la merde qu'il a foutu dans le pays, et la réputation de merde qu'il nous a faite
L’homme le plus haï d’Europe?
Il m'intéresserait de savoir sur quoi se base le camarade compagnon de route Durand pour dire que Freysinger est "l’homme le plus haï d’Europe".
Par qui exactement en Europe? Par les "élites" autoproclamées, pleutres et opportunistes, dans leurs discours officiels, ça c'est sûr. Et qui appliquent le principe - pratiqué justement par l'abominable propagandiste bien connu Goebbels: répéter le mensonge jusqu'à ce qu'il devienne la vérité.