On croyait le Pakistan au plus mal. Le pire vient d'arriver, déclenchant une flambée de violence à travers tout le pays. Véritable icône internationale, Benazir Bhutto a été assassinée hier, à deux semaines des législatives, alors qu'elle sortait d'un meeting électoral à Rawalpindi, dans la banlieue d'Islamabad. Un kamikaze a d'abord ouvert le feu, l'atteignant d'une balle au cou alors qu'elle saluait la foule depuis le toit ouvrant de sa voiture blindée. Puis il a déclenché la bombe qu'il portait sur lui. Au moins vingt victimes suivront dans la tombe celle qui fut en 1988, à l'âge de 35 ans, la première femme premier ministre d'un pays musulman.
Ainsi s'éteint, en martyr politique, la principale figure de l'opposition pakistanaise. Et ainsi s'envole, à Washington, l'espoir de voir une figure «modérée» apporter une légitimité démocratique au combat antiterroriste mené par cet allié si vulnérable aux islamistes... et si dangereusement nucléaire.
C'est vrai que la dame, a priori, avait le profil de l'emploi. Née le 21 juin 1953 à Karachi au sein d'une dynastie de richissimes propriétaires terriens de la province du Sind, elle avait fait ses études à Harvard puis Oxford, pendant que son père Zulfiqar Ali Bhutto présidait aux destinées du Pakistan, d'abord à la tête de l'Etat (1971-1973), puis en tant que premier ministre (1973-1977). Mais celui-ci, renversé par le général Zia ul-Haq, est pendu en 1979. Benazir passera quelques mois en prison, puis en résidence surveillée, avant de partir en exil à Londres. Mais l'heure de la revanche sonne en 1988, quand le général Zia meurt dans un mystérieux accident d'avion. Le Parti du peuple pakistanais (PPP) fondé en 1967 par le père Bhutto porte alors sa fille au pouvoir. L'Occident se laisse séduire par sa force de caractère, sa beauté et son charme, qui lui vaudront la une de nombreux magazines, tout comme son amie Lady Di. Mais au Pakistan même, très vite, c'est une tout autre image qui s'impose. En 1990, elle est limogée pour «corruption». Coriace, elle remporte les élections en 1993. Mais en 1996, rebelote, elle est à nouveau démise de ses fonctions. Son mari Asif Ali Zadari est surnommé «Monsieur 10%». Selon le En Suisse, une enquête est en cours pour blanchiment d'argent. En octobre le juge genevois Vincent Fournier a même annoncé qu'elle était bouclée et qu'il allait la transmettre au Parquet. Le procureur général Daniel Zappelli n'était pas atteignable hier pour dire ce qu'il adviendra de cette procédure. Le couple Bhutto, soupçonné d'avoir touché des commissions illicites et des pots-de-vin des sociétés d'inspection SGS et Cotecna, avait déjà été condamné une première fois en 2003. La somme incriminée avoisine les 13 millions de dollars. Répondant à ces accusations, Benazir Bhutto criait systématiquement au complot. Tout comme elle tenait le président Pervez Musharraf pour responsable du tragique attentat qui a endeuillé son retour d'exil le 18 octobre. Deux kamikazes avaient tué 139 personnes lors d'un gigantesque défilé d'accueil. Assise dans un véhicule blindé, elle avait échappé à la mort.
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