Plaidoyer pour les belles-mères
chronique | 06:00 Notre chroniqueuse sage-femme, qui défend toujours l'intérêt de l'enfant, rappelle que les belles-mères sont aussi des grands-mères...Lila Sonderman | 19-11-2008 | 06:00
La belle-mère et sa bru c’est comme les aimants, elles s’attirent ou elles se repoussent, elles s’adorent ou elles s’insupportent.
Sujet vieux comme le monde, il revient pourtant sur le tapis chaque fois qu’on ressort le berceau de famille. Nous autres sages-femmes, réceptacles de confidences et de secrets d’alcôve sommes bien placées pour le savoir… Et parfois même pour jouer à Champollion...
Sans vouloir tomber dans le manichéisme, lorsqu’une femme nous parle de sa belle-mère, deux types de discours se profilent.
Si les mots sont comptés, évasifs ou marmonnés, c’est un langage codé, comprenez :
- Ma belle-mère est une marâtre de conte de fées, envahissante ou jalouse parce que je lui ai pris son fils, elle verra le bébé au compte-gouttes!
A l’inverse, si les propos sont intelligibles, que les mots et les superlatifs abondent, décryptez :
-Je m’entends bien mieux avec ma belle-mère qu’avec ma mère, d’ailleurs c’est elle qui va nous garder le bébé deux jours par semaine.
Mais alors dans ce cas, c’est l’autre grand-mère qui sera pénalisée...
Et comme chaque enfant a le droit de créer des liens avec son ascendance maternelle et paternelle de manière équitable, c’est parfois le labyrinthe, voire l'impasse familiale. La problématique de la « grand-belle-mère », c’est le chassé-croisé: impossible d’en voir une sans voir l’autre, c’est la même ! Dilemme-dilemme…
A celles qui ont un problème avec leur belle-mère, j’aimerais, si vous me le permettez et au risque de me ramasser quelques tomates, vous rafraîchir un tout petit peu la mémoire...
Votre belle-mère qui, d’accord, ne vous a pas toujours comprise, ne vous a pas non plus élevée. Ce n'est pas elle qui vous a supportée quand vous faisiez votre affreuse crise d’adolescente boutonneuse et hargneuse; ce n’est pas elle qui vous a fait réciter votre voc d’allemand, qui poireautait dans la salle d’attente des orthodontistes et qui s’est rongée d’inquiétude quand vous trainiez dehors le samedi soir en mini-jupe. Tout ça, c’est votre maman qui l’a fait, avec un mélange d’amour et de sens du devoir parfois discutable, certes. N’empêche....
La belle-mère, elle, vous cueille à la trentaine, épanouie, apaisée, psychothérapie bouclée -lors de laquelle d'ailleurs vous avez réglé votre conflit maternel- et en prime vous essayez de rendre son fiston heureux.
A priori, donc, pas de contentieux. A vous alors de faire preuve de subtilité et de vous faufiler dans ses petits papiers! Et l'homme ne vous en aimera que davantage, croyez-moi, tant le rôle d'arbitre entre les deux femmes de sa vie lui est pénible...
En outre, sans vouloir faire leur apologie ni rejouer le jugement de Salomon – lequel s’est fait le défenseur d’un bébé, comme moi chaque jour– j’ose affirmer sans prendre trop de risques que si nos belles-mères ne sont pas parfaites... euh, nous non plus, ou bien?
Et puis, figurez-vous... celle que vous jugez difficile à gérer ou à digérer, que vous ne fréquentez qu’aux incontournables fêtes de familles, cette même belle-muche pourrait, à votre grand étonnement s’avérer être une délicieuse grand-mère.
Et même « se rattraper » avec la descendance que vous venez de lui donner...
On peut, en effet, avoir été une mère moyennement maternelle et être gaga de ses petits-enfants, mais si ! Parole de sage-femme, il n’existe pas d’endroit plus propice aux réconciliations qu’autour d’un berceau!
Vous n’auriez pas envie d’une petite sortie bistrot-ciné en tête-à-tête ce week-end, comme avant l’arrivée du chérubin qui a mis votre vie sens dessus dessous?
Et si c’était le moment de l’appeler?
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