Escale 8: Petrozavodsk : changement de climat

Il a fallu trois jours de navigation pour traverser le canal du Belomorsk et plonger dans le lac Onega, au cœur de la République de Carélie qui possède plus de 200 kilomètres de frontière avec la Finlande. D’où l’atmosphère plus européenne de la capitale Petrozavodsk qui tempe ses pieds dans le lac.

 

 

 


Comment mettre les pieds aux murs dans les écluses

 

 

Nous sommes arrivés à Petrozavodsk, la cuisse en acier, les abdos en béton et le dos en compote. Trois jours à mettre les pieds aux murs pour maintenir Chamade à distance de parois rugueuses, dans les écluses bouillonnantes du canal de Belomorsk (227 km), ça vous fait les muscles.  Mieux que trois séances de CAF (Cuisses-Abdo-Fessiers) au fitness. Et puis il faut tenir la distance. Parce que la Carélie c’est vaste : presque trois fois la France pour quelque 7 millions d’habitants seulement.

 

 



A chaque fois que les lourdes portes des écluses s’ouvrent, c’est un lever de rideau sur un somptueux décor de forêts et de lacs truffés d’îlots qui s’embrasent le soir vers 23 heures, lorsque le soleil d’été fait mine de se coucher quelques instants. Parfois, on distingue la lointaine silhouette d’un « combinat », toujours en activité (cellulose ou aluminium), crachant sans vergogne une épaisse fumée noire. Sur les bas côtés des berges, quelques villages fantômes ont oublié de vivre laissant quelques masures en bois défiler au bord de l’eau, au milieu des herbes folles et des pontons boiteux.
Cette nuit là, amarrés à un de ces pontons, nous n’avons pas dormi longtemps. Une bande de jeunes, passablement éméchés, est passée à l’abordage. Nous repoussons  fermement l’assaut, mais Vitaty, notre pilote, juge plus prudent de prendre le large, sans tarder. Il est 4 heures du matin. Merci les jeunes. Sans vous, nous aurions raté la féerie du lac de Vyg (prononcer Vouk) nimbé de ses brumes qui ondoient en apesanteur entre terre et eau.

 

 

La féerie du lac de Vyg  au petit matin

 

 

Des lacs comme celui de Vyg (1250 km2) la Carélie en compte 60'000. Plus petits, bien sûr. A part l’Onega, qui nous apparaît dans son immensité, à la sortie de la dernière écluse descendante. Deuxième au hit parade des plus grands lacs d’Europe (après le lac Ladoga), il fait seize fois et demi la superficie du Léman. Ce n’est pas un lac, c’est une mer. Sauf qu’il contient de l’eau douce. Une eau si pure, qu’à certains endroits on la dit potable. Et à nous ça nous arrange diablement. Parce que si nous avons rencontré un seul problème, jusqu’ici, c’est celui du ravitaillement en eau.  Et notre réservoir de 300 litres qui pourvoit à nos besoins quotidiens (toilette vaisselle etc.) est vide. Nous voici donc, en train de siphonner la lac Onega, par bouteilles de cinq litres à l’endroit indiqué par Vitaly.

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Pêche miraculeuse de l’eau du lac Onega

 

 

Plus tard, à l’encre, nous pourrons même prendre un bon bain, dans une eau entre 18 et 20°. C’est que le climat s’est passablement adouci depuis que nous avons franchi le canal du Belomorsk. Nous avons troqué nos couches d’Odlo contre des T-shirt à manches courtes. Le paysage  aussi a changé : moins de sapins et plus de feuillus, dans les forêts, des îles plus herbeuses entre lesquelles des pêcheurs à la ligne taquinent le saumon en somnolant.

A Petrozavodsk, à deux kilomètres du centre ville, il y a même une belle plage dont les habitants semblent  profiter abondamment. Elle jouxte le yacht club « le Sable » où Dmitri et Slava nous ont accueillis à la slave, avec fougue et chaleur. Slava qui commerce avec l’Egypte ne rêve que de Méditerranée. Sa jovialité n’a d’égal que son pessimisme concernant l’avenir de Petrozavodsk, dont l’industrie du bois périclite d’année en année. Il prédit de graves troubles sociaux, en Carélie, si la situation devait perdurer. « Ici, dit-il, on ne rencontre que l’extrême richesse ou l’extrême pauvreté. Entre deux, il n’y a rien ».

 

 



Le choc entre la pauvreté et la richesse

 

 

Petrozavodsk affiche pourtant un air paisible et bon enfant, avec ses parcs et ses promenades pleines de sculptures modernes qui bordent le lac et la rivière Lossossinka. La ville, fondée en 1703 par Pierre le Grand, pour abriter des manufactures d’armement, compte aujourd’hui deux universités. Est-ce l’histoire ou  la jeunesse de cette population estudiantine qui lui confère une atmosphère européanisante, jusque dans l’écriture romaine des enseignes.  Longtemps disputée par la Russie, la Finlande et la Suède, Petrozavodsk a été tour à tour finlandaise et russe. Et elle semble s’être installée à cheval entre ces deux pays, même une minorité de Caréliens (une population finno-ougrienne qui a plutôt opté pour la citoyenneté finlandaise) y vit encore. Minorité respectée puisque la télévision d’Etat continue à diffuser sur sa chaîne régionale, des programmes en ougrien et en finnois.

 

 

 

 

La promenade de Petrozavodsk

 

 

La Finlande est toute proche, toutefois, en se baladant dans les rues, on trouve encore des traces de l’époque soviétique. Pas la peine de s’attarder sur la sempiternelle place Lénine et son indéboulonnable statue, fichées au cœur de la ville et entourée des bâtiments néoclassiques de l’ancienne manufacture d’armes. Ce qui frappe, c’est le peu de constructions nouvelles et le nombre de ravalements de façades qui ont permis de transformer des rez-de-chaussée d’immeubles, en restaurant, en magasins d’alimentation, en boutiques de mode, dont les vitrines ont les dimensions d’une fenêtre.

 

 

 

Magasins cachés

 

 

C’est  caché dans un de ces immeubles rénovés que nous trouvons l’urgence des urgences pour l’équipage féminin de Chamade : un coiffeur. Il faut se faire belles pour la caméra de « Passe-moi les jumelles ». Benoît Aymon et son équipe  arrivent  pour un tournage sur le voyage de Sandra (greffée du cœur) dans la mer Blanche et aux îles Kizhi, notre prochaine étape.

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