Où sont les grands-mères?
CHRONIQUE | 14:06 Notre chroniqueuse sage-femme constate que les nouvelles mamans auraient bien besoin de leur maman à leur retour à la maison.
Lila Sondermann | 21-07-2008 | 14:06
Mais où sont les grands-mères??? «Une grand-mère a toujours du temps à vous consacrer lorsque le reste du monde est trop occupé», dit une maxime.
Autrefois la mère de la jeune accouchée s’installait chez sa fille et s’occupait de tout. Aujourd’hui le constat de désertion est sans appel: les grands-mères sont au bureau, en cure thermale ou au Club Med avec leur dernière conquête. En outre, avec le nombre croissant de femmes accouchant à quarante ans et plus, les grands-mères ont parfois l’âge d’arrière-grands-mères avec les bobos de leur âge et leur rôle se confine à des conseils téléphoniques, ce qui agace leur fille plus qu’autre chose. Les sages-femmes à domicile ont donc repris le flambeau...
Finis alors les petits plats servis au chevet de la maman, envolés les conseils ancestraux donnés par la grand-mère qui savait, elle, comment calmer un nouveau-né, adieu les chaussons tricotés et la tisane d’allaitement dont elle seule connaissait les mystérieux ingrédients.
Nostalgie du temps où la naissance était affaire de femmes, les rassemblant toutes, jeunes et vieilles, autour du nourrisson, permettant à sa maman de se remettre de l’accouchement et de s’initier à la maternité sans avoir rien d’autre à faire, ce qui en soi est déjà gigantesque.
Aujourd’hui? Accouche et débrouille-toi, n’oublie pas la lessive et la poubelle, l’état civil et le consulat, les faires-parts et les remerciements et si possible ne loupe pas ton allaitement redevenu symbole de la maternité du 3ème millénaire.
Le tableau n’est certes pas généralisé, pourtant je ne passe pas un jour sans demander: "Mais ou est votre mère??"
Parfois c’est l’immigration qui a séparé les familles, laissant la grand-mère au pays et la jeune accouchée dans un isolement social inquiétant. Ceci explique -et excuse- le fonctionnement continu du dieu télé qui trône sur l’autel de tant de salons, créant un brouhaha sonore rassurant tout en donnant l’illusion d’une compagnie. Solitude de ces nouvelles mamans qui auraient tellement besoin d’être entourées par d’autres pour faire leurs premiers pas dans le vaste pays du maternage...Qui dira leur fragilité mêlée à une fatigue sans fond, leur désarroi devant un petit être de trois kilos qui, leur avait-t-on promis, dormira vingt heures sur vingt-quatre alors que ce sont elles qui ne dorment plus que quatre heures par nuit?
Un raz-de-marée a eu lieu, l’univers du couple a tremblé et l’onde de choc va se propager durant plusieurs semaines, mais ça, on ne le dit pas avant la naissance et de toute façon les futurs parents ne l’entendraient pas.
D’ailleurs pourquoi les prévenir que leur vie sociale va être chamboulée, que les sorties vont devenir des exceptions, -à cet effet, on recruterait aussi les grands-mamans qui sont les meilleures baby-sitters et sans honoraires! - que les grasses matinées du dimanche ne seront plus qu’un souvenir, et que le batifolage c’est pour après Noël? Non, tout cela, les parents en devenir ne le savent pas. Les sages-femmes, elles, savent et se tiennent sur la brèche, sept jours sur sept... en attendant le retour des grands-mères.
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