Des dirigeantes offrent leur temps aux étudiants
| 17:52 Le Career Women's Forum et l'Université de Genève se lancent dans une opération inédite de mentoring. Le choix des couples se fera sur la base d'une rencontre d'un genre très particulier
| 07-12-2007 | 17:52
C' est le regard plein de malice que la présidente du Career Women's Forum (CWF) Caroline Miller l'a annoncé cette semaine: le CWF, cette association de femmes professionnelles, et l'Université de Genève mettent en place ensemble un événement de «speed dating» L'alma mater genevoise se met à la drague rapide? «Elles tenaient beaucoup à ce terme», s'amuse le vice-recteur Yves Flückiger. Qui a dit oui, donc.
Vingt-cinq étudiants en fin de parcours vont pouvoir bénéficier des compétences de vingt-cinq mentors, des professionnelles de tous les horizons, très expérimentées, pendant un semestre. En février prochain, des étudiants et des femmes cadres et entrepreneures auront donc quelques minutes pour se choisir.
C'est que Caroline Miller adore susciter les rencontres. Malice encore: «Je suis responsable de 17 couples à Genève. Et un seul d'entre eux est divorcé!» Ironie? A peine, puisqu'elle a fait de cette compétence à assembler les gens sa profession. D'abord de manière indépendante comme chasseuse de têtes, puis, depuis quelques mois, au sein de la Lloyds International Private Banking, à Genève, en tant que responsable du recrutement stratégique au niveau mondial.
«Un cadeau»
Pour l'Université de Genève, cette démarche est «un magnifique cadeau». «Vous imaginez, douze heures en un semestre de la part de femmes avec ce niveau de responsabilité? C'est énorme, se réjouit le vice-recteur. Nos étudiants ont de la chance!»L'université va ainsi préparer la démarche attentivement à l'interne. «Nous voulons qu'ils se posent des questions sur leur avenir, leurs compétences, leur entrée sur le marché du travail.» Pendant le semestre, «maîtres et apprentis» seront en contact régulier. Le «speed dating» est donc une jolie formule après laquelle se déroule le travail de duos tout en lenteur.
Transmettre
Le mentoring, démarche largement appliquée dans les pays anglophones, fait ses premiers pas en Suisse depuis quelques années. Les milieux politiques s'y sont mis, surtout en Suisse alémanique. Des grandes entreprises ont également mis en place des programmes internes. Le but: transmettre expérience, réseau et confiance en soi.Côté associations féminines romandes, le Pacte (Des paroles aux actes) a déjà organisé plusieurs volées de tandems. Mais la passerelle entre femmes professionnelles et université est inédite. Elle donnera la possibilité aux jeunes de découvrir de nouveaux schémas de pensée à un moment crucial.«Nous avons un programme pour aider les femmes à accéder aux conseils d'administration, mais nous voulions changer les mentalités dès l'entrée des jeunes sur le marché du travail», explique Caroline Miller.
Le 25e anniversaire de cette association de femmes professionnelles, fêté cette semaine, a donné l'occasion de lancer ce projet, d'abord dans une phase pilote, puis avec plus d'envergure. «C'est un projet pour nos vingt-cinq prochaines années», affirme Caroline Miller. Car le CWF aimerait étendre cette initiative. Collaborer avec des associations, étendre l'initiative à de nouvelles écoles ou encore donner envie à d'autres de le faire.
Hommes bienvenus
Fait important: le CWF a tenu à ce que les jeunes hommes aient aussi accès au programme. «Pour changer les mentalités, il faut changer les représentations tant chez les femmes que les hommes. Et montrer à de futurs diplômés ce que des femmes de ce niveau ont à transmettre est une excellente manière de le faire», dit encore Yves Flückiger. Car les modèles de cadres ou cheffes d'entreprise au féminin, avec ou sans famille, font encore cruellement défaut. Et la réalité du monde professionnel démontre encore l'existence du plafond de verre, confirme l'économiste. 4% des femmes occupent aujourd'hui des postes dans les directions générales en Suisse, et elles sont 2% dans les conseils d'administration.
Le professeur d'économie qui s'est si souvent engagé contre les inégalités, en particulier à l'égard des femmes, est donc ravi. Et de rappeler que l'initiative coïncide parfaitement avec plusieurs des missions de l'université.Depuis quand le projet mûrit-il? «Nous avons eu l'idée il y a deux mois», répond Caroline Miller, en guettant la réaction que vont susciter ses mots. Confirmation du vice-recteur. «Nous avons été très impressionnés par l'énergie et la force de conviction de ces femmes», dit-il. Energie qu'elles sont donc bien décidées à transmettre à d'autres.
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