Sandrine Salerno annonce une grossesse militante
| 10:16 La conseillère administrative genevoise assure que son département ne pâtira pas de son congé. Et expose les mesures déjà prises et à prendre pour promouvoir les femmes dans l'administration.
| 25-02-2008 | 10:16
Sandrine Salerno est enceinte de quatre mois. En l'annonçant publiquement, la conseillère administrative tient à ajouter au caractère intime de l'heureux événement une dimension politique et exemplaire: on peut occuper un poste à haute responsabilité tout en étant femme, mère et en attendant un enfant.
La socialiste veut profiter de l'occasion pour donner de la visibilité à l'un de ses combats prioritaires: l'égalité hommes-femmes et la lutte contre le fameux «plafond de verre» qui souvent confine les femmes à des tâches subalternes.
«Candidature très moderne» Cette grossesse est pleinement assumée. Sandrine Salerno, déjà mère d'une fille de 2 ans, la désirait. Cela ne l'a nullement empêchée de briguer un poste à la Mairie. Et jamais elle n'a songé à démissionner. «Au contraire. Quand je me suis portée candidate, mon discours au PS portait également sur qui j'étais. Ma candidature avait la particularité d'être très moderne. C'était celle d'une femme qui s'engageait à assumer des responsabilités importantes tout en continuant à être pleinement mère. L'hypothèse d'avoir un deuxième enfant n'a jamais été écartée.»
Son défi consiste à démontrer qu'il est possible d'assumer son rôle de mère sans délaisser l'éducation de ses enfants et ses tâches publiques sans que son mandat politique n'en pâtisse. «Tout cela ne me demande pas trop d'effort car c'est avant tout du plaisir. Mais il est clair que je jouis d'une situation privilégiée, admet-elle. Mon travail me plaît, il est valorisant. Je gagne suffisamment pour déléguer les tâches ménagères et je bénéficie du soutien de mon compagnon ainsi que d'un réseau, d'un filet familial.»
Un congé planifié Elle assure que le Département des finances et du logement ne devrait pas souffrir de son congé maternité qui pourrait légalement durer cinq mois si elle allaite. «J'ai dépensé beaucoup d'énergie à le réorganiser et à monter une équipe de direction. Celle-ci est à même de le faire fonctionner, d'autant plus que durant les premiers mois de mon mandat, j'aurais pu expliciter mes orientations politiques dans tous mes domaines d'action. Elles sont aujourd'hui très claires. »
Mais est-ce suffisant pour piloter une telle structure? Celle-ci n'exige-t-elle pas une gestion plus serrée, ne serait-ce que pour respecter la volonté de l'électorat? Sandrine Salerno acquiesce à moitié. Car piloter, pense-t-elle, ne signifie pas prendre part à la gestion quotidienne. «Il est vrai que pendant quelques mois, je n'aurai pas les mêmes disponibilités qu'aujourd'hui. Mais je continuerai à donner des orientations à mes cadres. Jusqu'à présent, je me suis beaucoup concentrée sur l'opérationnel. Ce qui était nécessaire en début de mandat, pour prendre connaissance personnellement des dossiers. Ce congé m'offrira l'opportunité du recul, je pourrai me consacrer aux priorités stratégiques et politiques, celles pour lesquelles j'ai effectivement été élue. »
La magistrate siégera sans doute aux séances du Conseil administratif avant la fin de son congé. Et défendra le budget de son département devant la commission des finances. Hasard du calendrier, l'accouchement, prévu en août, s'insère assez bien dans son agenda politique. Elle espère qu'à cette date-là, le nouveau statut de la fonction publique sera sous toit. La Gérance immobilière devrait être restructurée et dotée d'une nouvelle équipe de direction. Enfin, l'élaboration politique du budget de la Ville et les arbitrages y afférant s'achèvent généralement au mois de juin.
Persuadée que ses services fonctionneront parfaitement en son absence, elle ne peut pourtant exclure un impondérable d'ordre politique. Mais reste sereine: en cas d'absence d'un magistrat, une suppléance est prévue. Il s'agira de Pierre Maudet. Et Sandrine Salerno lui témoigne une grande confiance pour répondre aux urgences politiques en respectant l'esprit qui aurait été le sien.
Un plan de bataille pour l'égalité des sexes Avant d'être élue, Sandrine Salerno avait annoncé la couleur. L'égalité des chances constituerait le fil rouge de son mandat. Et la promotion des femmes, l'une des pierres angulaires de cette politique.
120 000 fr. pour l'égalité
La magistrate s'est saisie du dossier de l'égalité en juin 2007. Depuis, elle a créé un poste ad hoc, rattaché à la direction du département, pour avancer des propositions et s'assurer de leur mise en application. 120 000 francs ont aussi été votés par le Conseil municipal pour financer des projets visant à «promouvoir l'égalité».
Temps partiel généralisé Car en Ville, seuls 28% des cadres sont des femmes. C'est bien trop peu, selon elle. «Les structures d'accession aux postes à responsabilité passent par des réseaux très masculins; on se recrute plus facilement entre pairs. De plus, on offre encore trop peu la possibilité du temps partiel. » Dans son département, tous les postes ouverts à 100% le sont désormais aussi à 80%. «Un travail est à mener sur les statuts de la fonction publique, assez archaïques en la matière. »
Elle estime aussi que l'administration doit améliorer sa gestion des congés maternité. «Ils devraient être anticipés et remplacés, afin qu'en cas d'absence, le travail ne se reporte pas sur les autres et que la future mère ne soit pas culpabilisée.»
Congé parental partagé Par ailleurs, elle défend l'idée d'un congé parental partageable entre la femme et l'homme. «Cela profiterait non seulement aux enfants et aux pères mais permettrait aussi aux femmes de s'investir davantage dans leur carrière. »
Féminiser le budget Autre idée, le «gender budgeting». Derrière l'anglicisme se cache une analyse de la destination des fonds publics. Profitent-ils plus aux hommes ou aux femmes? Et de citer le skatepark ou le stade de la Praille, destinés avant tout à une population masculine. A Bâle, le calcul a été fait: les hommes reçoivent ainsi 15% d'allocations en plus que les femmes. La magistrate souhaite disposer dès 2009 d'un outil permettant de telles analyses.
Elle pense enfin que la Ville pourrait intégrer à ses critères d'attribution des marchés publics le respect de l'égalité hommes-femmes.
«Je proposerai bientôt un train de mesures au Conseil administratif. »
(jfa)
L'accouchement surprise de Marina Masoni
Si Sandrine Salerno a décidé d'annoncer publiquement sa grossesse, d'autres politiciennes, enceintes alors qu'elles étaient membres d'un Exécutif, ont fait le choix opposé. Le plus frappant est le cas de la conseillère d'Etat tessinoise Marina Masoni qui, un beau jour de février 1999, avait accouché de son premier enfant à la surprise générale. Même ses collègues du gouvernement n'y avaient vu que du feu, tant la magistrate, âgée de 41 ans, s'était évertuée à cacher sa grossesse. Quelques heures avant l'accouchement, elle avait même participé à un congrès du Parti libéral-radical, sans éveiller le moindre soupçon. La Tessinoise n'a jamais expliqué pourquoi elle avait tu jusqu'au bout sa grossesse. Mais selon certains, elle aurait craint que son chef de parti cantonal, Fulvio Pelli, ne l'empêche de se représenter au Conseil d'Etat en avril. Car lorsqu'il avait désigné les candidats, à l'automne, la gestation était déjà bien avancée.
En 1992, pour des raisons similaires, Ségolène Royal avait caché être enceinte de son quatrième enfant au moment de sa nomination comme ministre de l'Environnement. Puis, la socialiste française avait changé son fusil d'épaule et joué la carte de la médiatisation à outrance, recevant photographes et caméras dans sa chambre d'hôpital pour présenter le bébé. Afin, avait-elle expliqué, de démontrer que maternité et vie professionnelle ne sont pas incompatibles, même dans les plus hautes sphères de l'Etat.
Mais ces grossesses secrètes montrent une fois de plus que les femmes sont souvent obligées de faire un choix entre famille et carrière. Ruth Metzler, devenue conseillère fédérale à 35 ans, a toujours considéré que sa fonction n'était pas conciliable avec la maternité. Peut-être Doris Leuthard, 44 ans, sans enfants, partage-t-elle cette opinion?
Comme le souligne Fabienne Bugnon, directrice du Service pour la promotion de l'égalité, la plupart des femmes à des postes élevés ont fait carrière après avoir eu des enfants ou n'en ont jamais eu. «Pourtant, la maternité ne devrait pas être un problème. Il y a des exemples d'élus masculins dans des Exécutifs qui ont eu une longue maladie. On s'est toujours arrangé pour les suppléer. »
Reagissez à cet article!



