Prévenir la violence des jeunes par une meilleure façon de communiquer
| 07:30 Un ouvrage examine les comportements de l'agresseur et de la victime sous l'angle des difficultés relationnelles. Apprendre à reconnaître ses propres émotions et à les gérer peut être une solution pour l'un comme pour l'autre. Les trois auteures proposent une méthode d'«alphabétisation émotionnelle».
| 09-08-2007 | 07:30
Que faire face à la violence de jeunes enfants ou adolescents? Et surtout, comment la prévenir? Evelyne Chardonnens, maître d'enseignement à l'Université de Lausanne, directrice d'une ferme thérapeutique et ancienne psychologue scolaire a élaboré le concept d' «alphabétisation émotionnelle». Corinne Bonnet-Burgener et Chantal Brouze, deux de ses anciennes étudiantes, ont fait évoluer cette théorie dans la pratique.
Il s'agit d'apprendre à connaître ses émotions et à les verbaliser. Le livre propose des exercices pratiques avec des exemples de situations déjà vécues par les auteures. Il concerne aussi les victimes, «qui rencontrent également des difficultés de communication et d'insertion. Elles peuvent apprendre à se protéger de l'agression des autres ( ) en prenant conscience de leur propre mode de fonctionnement parfois déficient.» A noter que dans ce cadre, la notion de violence inclut également les attitudes agressives, comme les provocations verbales ou autres «incivilités». Les explications d'Evelyne Chardonnens.
A qui s'adresse votre livre?
Aux enseignants, aux institutions éducatives, mais aussi aux parents. Les exercices proposés permettent des interventions en classe et en institution, mais peuvent tout à fait convenir aux parents. Il s'agit d'outils simples pour enrayer la violence.
Selon vous, un jeune conscient des ses émotions et capable de les exprimer aura moins tendance à être violent. Pourquoi?
J'aimerais préciser que nous ne prétendons pas avoir «la» solution. Le gros délinquant va difficilement changer avec cette méthode. Mais nous avons constaté que l'enfant violent est avant tout déconnecté de ses émotions, incapable de s'en rendre compte. L'un de nos exercices consiste à filmer une situation de conflit entre des enfants et à leur montrer ensuite la scène. Ceux qui provoquent la bagarre se voient parfois comme tout à fait gentils. Dans ce cas-là, il ne sert à rien de lui faire la morale. En discutant des images avec lui, il se rend compte de ce qui se passe et parvient petit à petit à parler de ce qu'il ressent. Dès que l'enfant peut mettre des mots sur sa souffrance, il n'a plus besoin de passer à l'acte.
Les parents ne s'intéressent en général à la question de la violence des jeunes que lorsqu'elle se manifeste. Et à ce moment-là, n'est-il pas trop tard?
C'est le grand problème. Les parents s'aperçoivent assez tard de la violence de leurs enfants. Mais il n'est pas forcément trop tard. L'idéal serait de commencer la prévention avec des enfants très petits. Car les ferments de la violence apparaissent dès leur plus jeune âge. Mais aussi les attitudes de victime. Un exemple. Lors de l'exercice du dessin réalisé par plusieurs enfants, la petite fille qui n'a rien dessiné finit par dire que les autres avaient pris toute la place. Mais ses camarades ne s'en étaient pas rendu compte et disent qu'ils lui auraient laissé de la place, si elle s'était manifestée.
-
Corinne Bonnet-Burgener, Chantal Brouze et Evelyne Chardonnens,
Prévenir la violence des jeunes, L'alphabétisation émotionnelle: des outils concrets pour mieux communiquer , Editions Favre, juin 2007.
Reagissez à cet article!




Alphabétisation émotionnelle et signes de reconnaissance
Le concept “d'alphabétisation émotionnelle” est dû à Claude Steiner (et non aux auteures de ce livre, par ailleurs fort utile). Claude Steiner, qui a participé au travail d'Éric Bern (inventeur de l'Analyse Transactionnelle), de l'École de Palo Alto, a également évoqué les “signes de reconnaissance”, auxquels les parents, enseignants et éducateurs de tout poil gagneraient à prêter attention. Mais où apprendre le difficile métier de parent?